Identité et origine
Abou Oubayd al-Qasim ibn Sallam (أَبُو عُبَيْدٍ القَاسِمُ بنُ سَلَّامٍ) est l’un des plus grands savants de son temps, réunissant en lui la langue, la grammaire, les lectures coraniques, le hadith et le fiqh. On disait de lui qu’il était « l’homme aux disciplines multiples » (dhou al-founoun — ذُو الفُنُونِ), et il fut le premier à composer un ouvrage sur les mots rares du hadith (gharib al-hadith — غَرِيبُ الحَدِيثِ).
- Nom complet : al-Qasim ibn Sallam ibn Abd Allah — القَاسِمُ بنُ سَلَّامِ بنِ عَبْدِ اللهِ
- Kunya : Abou Oubayd — أَبُو عُبَيْدٍ
- Origine : son père Sallam (سَلَّامٌ) était un esclave d’origine grecque (roumi — رُومِيٌّ) appartenant à un homme de Herat (هَرَاة) ; affranchi (mawla — مَوْلًى) des Azd, d’où ses nisbas al-Harawi al-Azdi al-Khouzai (الهَرَوِيُّ الأَزْدِيُّ الخُزَاعِيُّ), puis al-Khourasani al-Baghdadi (الخُرَاسَانِيُّ البَغْدَادِيُّ)
- Naissance : à Herat, en l’an 157 de l’hégire (on dit aussi 154)
Né à Herat, il fut d’abord précepteur (mouaddib — مُؤَدِّبٌ), puis se rendit à Bagdad, exerça la charge de juge à Tarsous (طَرَسُوس) dix-huit années, voyagea jusqu’en Égypte, revint à Bagdad, et finit sa vie à La Mecque.
Ses savants et ses élèves
- Ses savants : en lectures coraniques, Ali ibn Hamza al-Kisai (عَلِيُّ بنُ حَمْزَةَ الكِسَائِيُّ), Choujaa ibn Abi Nasr al-Balkhi (شُجَاعُ بنُ أَبِي نَصْرٍ البَلْخِيُّ) et Ismail ibn Jafar (إِسْمَاعِيلُ بنُ جَعْفَرٍ) ; en langue, Abou Oubayda Mamar ibn al-Mouthanna (أَبُو عُبَيْدَةَ مَعْمَرُ بنُ المُثَنَّى), Abou Zayd al-Ansari (أَبُو زَيْدٍ الأَنْصَارِيُّ), al-Asmai (الأَصْمَعِيُّ), al-Yazidi (اليَزِيدِيُّ), al-Farra (الفَرَّاءُ), Abou Amr al-Chaybani (أَبُو عَمْرٍو الشَّيْبَانِيُّ) et Ibn al-Arabi (ابْنُ الأَعْرَابِيِّ) ; en hadith, Hachim ibn Bachir (هُشَيْمُ بنُ بَشِيرٍ), Charik ibn Abd Allah (شَرِيكُ بنُ عَبْدِ اللهِ), Sufyan ibn Ouyayna (سُفْيَانُ بنُ عُيَيْنَةَ), Abd Allah ibn al-Moubarak (عَبْدُ اللهِ بنُ المُبَارَكِ) et Yahya al-Qattan (يَحْيَى القَطَّانُ).
- Ses élèves : Nasr ibn Dawoud ibn Tawq (نَصْرُ بنُ دَاوُدَ بنِ طَوْقٍ), Abou Bakr al-Saghani (أَبُو بَكْرٍ الصَّاغَانِيُّ), al-Hassan ibn Moukram (الحَسَنُ بنُ مُكْرَمٍ), Ahmad ibn Youssouf al-Taghlibi (أَحْمَدُ بنُ يُوسُفَ التَّغْلِبِيُّ), Ali ibn Abd al-Aziz al-Baghawi (عَلِيُّ بنُ عَبْدِ العَزِيزِ البَغَوِيُّ), Abbas al-Douri (عَبَّاسٌ الدُّورِيُّ), Abd Allah ibn Abd al-Rahman al-Darimi (عَبْدُ اللهِ بنُ عَبْدِ الرَّحْمَنِ الدَّارِمِيُّ), Abou Bakr ibn Abi al-Dounya (أَبُو بَكْرِ بنُ أَبِي الدُّنْيَا) et Ibrahim al-Harbi (إِبْرَاهِيمُ الحَرْبِيُّ).
Sa place et son rang
Abou Oubayd fut un imam en grammaire et en langue arabe, juriste, savant des lectures, mémorisateur du hadith et connaisseur de ses défauts cachés (ilal — عِلَل), expert en mots rares ; il était de surcroît pieux, scrupuleux et généreux.
Les éloges des savants à son sujet sont innombrables. Ishaq ibn Rahouyah (إِسْحَاقُ بنُ رَاهَوَيْهِ) disait : « Abou Oubayd est le plus vaste d’entre nous en savoir, le plus fourni en adab, le plus rassembleur : nous avons besoin de lui, et lui n’a pas besoin de nous. » (أَبُو عُبَيْدٍ أَوْسَعُنَا عِلْمًا، وَأَكْثَرُنَا أَدَبًا، وَأَجْمَعُنَا جَمْعًا، إِنَّا نَحْتَاجُ إِلَيْهِ وَلَا يَحْتَاجُ إِلَيْنَا) Il disait aussi : « Allah n’a pas honte de la vérité : Abou Oubayd est plus savant que moi, que Ahmad ibn Hanbal et que al-Chafii. » Ahmad ibn Hanbal (أَحْمَدُ بنُ حَنْبَلٍ) disait : « Abou Oubayd est de ceux dont le bien augmente chaque jour à nos yeux » (أَبُو عُبَيْدٍ مِمَّنْ يَزْدَادُ عِنْدَنَا كُلَّ يَوْمٍ خَيْرًا), et une autre fois simplement : « Abou Oubayd est un maître » (أَبُو عُبَيْدٍ أُسْتَاذٌ). Interrogé sur l’opportunité d’écrire son savoir, Yahya ibn Main (يَحْيَى بنُ مَعِينٍ) sourit et répondit : « C’est à un homme comme moi qu’on demande cela sur Abou Oubayd ? C’est à Abou Oubayd qu’on demande l’état des gens ! » Al-Daraqutni (الدَّارَقُطْنِيُّ) le résumait ainsi : « Digne de confiance, imam, une montagne » (ثِقَةٌ إِمَامٌ جَبَلٌ).
Abd Allah ibn Tahir (عَبْدُ اللهِ بنُ طَاهِرٍ), l’émir du Khorasan, disait : « Les savants de l’islam sont quatre : Ibn Abbas en son temps, al-Chabi en son temps, al-Qasim ibn Man en son temps, et al-Qasim ibn Sallam en son temps. » (عُلَمَاءُ الإِسْلَامِ أَرْبَعَةٌ: عَبْدُ اللهِ بنُ عَبَّاسٍ فِي زَمَانِهِ، وَالشَّعْبِيُّ فِي زَمَانِهِ، وَالقَاسِمُ بنُ مَعْنٍ فِي زَمَانِهِ، وَالقَاسِمُ بنُ سَلَّامٍ فِي زَمَانِهِ)
Et Ibrahim al-Harbi disait : « J’ai rencontré trois hommes dont les femmes sont incapables d’enfanter les pareils : j’ai vu Abou Oubayd al-Qasim ibn Sallam, et je ne l’ai comparé qu’à une montagne dans laquelle on aurait insufflé une âme » (مَا مَثَّلْتُهُ إِلَّا بِجَبَلٍ نُفِخَ فِيهِ رُوحٌ).
Interrogé sur al-Chafii, Ahmad, Ishaq et Abou Oubayd, Abou Qoudama (أَبُو قُدَامَةَ) répondit : « Le plus juriste est al-Chafii, le plus scrupuleux Ahmad, le meilleur mémorisateur Ishaq, et le plus savant des parlers des Arabes, Abou Oubayd » (وَأَمَّا أَعْلَمُهُمْ بِلُغَاتِ العَرَبِ فَأَبُو عُبَيْدٍ).
Abou Bakr ibn al-Anbari (أَبُو بَكْرِ بنُ الأَنْبَارِيِّ) rapporte qu’il divisait sa nuit en trois : un tiers pour la prière, un tiers pour le sommeil, un tiers pour composer ses livres.
Abou Oubayd et le kitab « Gharib al-hadith »
Lorsqu’il acheva son livre sur les mots rares du hadith, l’ouvrage fut présenté à l’émir Abd Allah ibn Tahir, qui l’admira et dit : « Une intelligence qui pousse son possesseur à composer un tel livre mérite bien de n’être pas contrainte de chercher sa subsistance. » (إِنَّ عَقْلًا بَعَثَ صَاحِبَهُ عَلَى عَمَلِ مِثْلِ هَذَا الكِتَابِ لَحَقِيقٌ أَنْ لَا يُحْوَجَ إِلَى طَلَبِ المَعَاشِ) Il lui fit alors verser dix mille dirhams par mois.
Abou Oubayd disait lui-même : « Je suis resté quarante ans à composer ce livre. Il m’arrivait de recueillir un bienfait de la bouche des hommes, je le plaçais dans le livre, et je passais la nuit éveillé de joie ; et l’un de vous vient, reste quatre ou cinq mois chez moi, et dit : « J’ai fait un long séjour ! » »
Son désintéressement est resté célèbre. Alors qu’il était auprès d’Ibn Tahir, l’émir Abou Doulaf (أَبُو دُلَفٍ) le fit venir deux mois chez lui et lui offrit au départ trente mille dirhams, qu’il refusa. De retour, Ibn Tahir lui offrit trente mille dinars ; il les accepta puis dit : « Ô émir, tu m’as déjà enrichi par ta bonté : j’ai décidé d’acheter avec cet argent des armes et des chevaux, et de les envoyer à la frontière, afin que la récompense te revienne pleinement. » Et il le fit.
Abou Oubayd et al-Chafii sur le sens de « qur’ »
On rapporte qu’Abou Oubayd et l’imam al-Chafii (الشَّافِعِيُّ) débattirent du sens du mot qur’ (القُرْءُ) dans le verset du délai de viduité. Al-Chafii soutenait qu’il désignait les périodes de pureté (الطُّهْرُ), et Abou Oubayd les menstrues (الحَيْضُ) ; chacun exposa ses preuves, et ils ne se séparèrent qu’après que chacun eut adopté l’avis de l’autre, tant les arguments de son contradicteur l’avaient convaincu. Al-Soubki (السُّبْكِيُّ) commente : si ce récit est authentique, il montre l’éminence d’Abou Oubayd, car il n’est parvenu de personne d’autre qu’il ait débattu avec al-Chafii et que al-Chafii soit revenu à son avis.
De ses paroles
- « Celui qui suit la Sunna est comme celui qui saisit la braise ; cela est aujourd’hui à mes yeux plus méritoire que de frapper du sabre dans le chemin d’Allah. »
المُتَّبِعُ السُّنَّةَ كَالقَابِضِ عَلَى الجَمْرِ، هُوَ اليَوْمَ عِنْدِي أَفْضَلُ مِنْ ضَرْبِ السَّيْفِ فِي سَبِيلِ اللهِ
Ses œuvres
Les gens ont rapporté de lui plus de vingt ouvrages, dans le Coran, le hadith, le fiqh et la langue. Parmi eux : Gharib al-mousannaf (الغَرِيبُ المُصَنَّفُ — son plus grand livre de langue), Gharib al-hadith (غَرِيبُ الحَدِيثِ), al-Amwal (الأَمْوَالُ — l’un des meilleurs ouvrages composés en fiqh), al-Amthal (الأَمْثَالُ — les proverbes), Fada’il al-Quran (فَضَائِلُ القُرْآنِ), al-Tahour (الطَّهُورُ), al-Nasikh wa al-mansoukh (النَّاسِخُ وَالمَنْسُوخُ), al-Qira’at (القِرَاءَاتُ), Maani al-Quran (مَعَانِي القُرْآنِ), Maani al-chir (مَعَانِي الشِّعْرِ), al-Mawaiz (المَوَاعِظُ), al-Iman (الإِيمَانُ), al-Moudhakkar wa al-mou’annath (المُذَكَّرُ وَالمُؤَنَّثُ) et al-Maqsour wa al-mamdoud (المَقْصُورُ وَالمَمْدُودُ).
Al-Jahiz (الجَاحِظُ) disait : « Les gens n’ont pas écrit plus exact ni plus utile que ses livres. » (لَمْ يَكْتُبِ النَّاسُ أَصَحَّ مِنْ كُتُبِهِ وَلَا أَكْثَرَ فَائِدَةً) On lui reprocha un jour qu’Ishaq al-Mawsili (إِسْحَاقُ المَوْصِلِيُّ) relevait mille erreurs dans le Gharib al-mousannaf ; il répondit : « Un livre qui contient plus de cent mille mots, qu’il s’y en trouve mille, ce n’est pas beaucoup. Peut-être Ishaq a-t-il une version et nous une autre, et les deux sont justes ; peut-être s’est-il trompé sur des mots et nous sur d’autres — il reste alors bien peu d’erreurs. »
Sa mort
Abou Oubayd partit pour le pèlerinage et mourut à La Mecque en l’an 224 de l’hégire (on dit aussi 223 ou 222), à l’âge de soixante-sept ans.
Lorsque la nouvelle de sa mort parvint à Abd Allah ibn Tahir, il improvisa ces vers :
« Ô toi qui cherches la science, Ibn Sallam est mort : il était un cavalier du savoir qui ne reculait jamais. Il est mort, celui qui était parmi nous le quatrième de quatre, dont nul maître de jugement ne rencontra les pareils : le meilleur des hommes, Abd Allah, est le premier, puis Amir — et quel excellent second, ô Amir ! Ce sont eux deux qui s’élevèrent au-dessus des autres, avec les deux Qasim : Ibn Man et Ibn Sallam. »
يَا طَالِبَ العِلْمِ قَدْ مَاتَ ابْنُ سَلَّامِ ۞ وَكَانَ فَارِسَ عِلْمٍ غَيْرَ مِحْجَامِ
مَاتَ الَّذِي كَانَ فِينَا رُبْعَ أَرْبَعَةٍ ۞ لَمْ يَلْقَ مِثْلَهُمُ أُسْتَاذُ أَحْكَامِ
خَيْرُ البَرِيَّةِ عَبْدُ اللهِ أَوَّلُهُمْ ۞ وَعَامِرٌ وَلَنِعْمَ التِّلْوُ يَا عَامِ
هُمَا اللَّذَانِ أَنَافَا فَوْقَ غَيْرِهِمَا ۞ وَالقَاسِمَانِ ابْنُ مَعْنٍ وَابْنُ سَلَّامِ
