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Abu al-Aswad al-Dou’ali – أَبُو الْأَسْوَد الدُّؤَلِيّ (ت: 69 هـ)

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Identité et origine

Abu al-Aswad al-Dou’ali (ou al-Dili) est l’un des grands savants des débuts de l’islam.

  • Nom complet : Zalim ibn Amr ibn Soufyan
  • Lignée : il remonte à al-Dou’il ibn Bakr ibn Abd Manat ibn Kinana
  • Connu par sa kunya : Abu al-Aswad
  • Mère : qurayshite, des Banou Abd al-Dar ibn Qousayy

Ibn Abd al-Barr le décrit comme un homme de raison et de religion, d’éloquence et de clarté, doté de compréhension, d’intelligence et de fermeté.

Il naquit à l’époque antéislamique (la jahiliyya), durant les années de la prophétie. Il embrassa l’islam du vivant du Prophète ﷺ, mais sans jamais le rencontrer : c’est pourquoi on le compte parmi les moukhadramin (ceux qui ont vécu durant les deux époques) et parmi les grands Tabiine, et non parmi les Compagnons.

Sa vie et ses engagements

Abu al-Aswad s’établit à Bassora. Il fut un partisan affirmé de la famille du Prophète :

  • il combattit aux côtés de Ali ibn Abi Talib à la bataille du Chameau ;
  • il assista ensuite avec lui à Siffin ;
  • Ali le nomma gouverneur de Bassora après Ibn Abbas ;
  • il y exerça aussi la fonction de juge (qadi).

Il était l’une des figures les plus en vue parmi les partisans de Ali, et l’un des plus accomplis par l’intelligence et le jugement. Après la mort de Ali, il se rendit auprès de Mouawiya, qui l’accueillit avec honneur et le récompensa généreusement.

Certains lui reprochèrent d’adhérer à la doctrine du qadar, mais cette accusation est très éloignée de la réalité : il fut l’élève et le scribe d’Ibn Abbas, les six grands recueils de hadith rapportent de lui, et les savants se sont accordés sur sa fiabilité. Mouslim rapporte même de lui un récit qui atteste sa croyance droite au décret divin.

Sa place dans la science

Abu al-Aswad transmit le savoir des plus grands Compagnons :

  • Ses savants : Omar, Othman, Ali, Oubayy ibn Kaab, Abou Dharr, Ibn Massoud et al-Zoubayr. Il reçut sa lecture du Coran de Othman et de Ali.
  • Ses élèves : son fils Abou Harb, Yahya ibn Yamar et Nasr ibn Assim al-Laythi.

Les savants du hadith, comme Ahmad al-Ijli et Yahya ibn Main, l’ont déclaré digne de confiance (thiqa). Al-Jahiz le présente comme un homme aux multiples qualités, compté à la fois parmi les Tabiine, les juristes, les poètes, les traditionnistes, les nobles, les cavaliers, les gouverneurs, les fins stratèges et les grammairiens.

Le fondateur de la grammaire arabe

C’est dans la grammaire (nahw) qu’Abu al-Aswad laissa sa marque la plus durable : il fut le premier à en poser les bases. À cette époque, la langue arabe commençait à se corrompre du fait du mélange avec les non-Arabes, et les fautes de langue (lahn) gagnaient jusqu’aux gens de qualité.

Plusieurs récits expliquent le déclic :

  1. Le récit de sa fille : voulant s’exclamer sur la chaleur, elle lui dit « ma ashadda al-harr », mais en vocalisant de travers ; il crut d’abord qu’elle posait une question.
  2. Le récit du verset : il entendit un lecteur réciter le verset de la sourate al-Tawba en prononçant « wa rasoulihi » avec une kasra, ce qui inversait gravement le sens.

Alerté, il rapporta la chose à Ali. Celui-ci lui remit alors un feuillet où il était écrit :

« Le discours est tout entier nom, verbe et particule : le nom désigne ce qui est nommé, le verbe exprime le mouvement de ce qui est nommé, et la particule indique un sens qui n’est ni nom ni verbe. »

Il lui ordonna de suivre cette voie et de la compléter. Lorsque Abu al-Aswad lui montra son travail, Ali dit : « ma ahsana hadha al-nahw alladhi nahawta » (« comme est belle cette voie que tu as suivie ») — et c’est de là, dit-on, que la grammaire prit le nom de nahw.

Abu al-Aswad établit ainsi les premiers chapitres de la grammaire :

  • le sujet (al-fail) ;
  • le complément d’objet (al-mafoul bihi) ;
  • le complément du nom (al-moudaf) ;
  • les particules du nasb, du rafa, du jarr et du jazm.

Il ajouta ensuite inna et ses sœurs, puis institua le chapitre de l’exclamation (al-taajjoub).

La vocalisation du Coran

Il fut également le premier à introduire un système de points pour vocaliser le texte coranique et le préserver des erreurs de lecture. Il demanda un scribe au gouverneur Ziyad et lui expliqua sa méthode :

  • un point au-dessus de la lettre pour la fatha ;
  • un point devant pour la damma ;
  • un point au-dessous pour la kasra ;
  • deux points lorsque s’y ajoutait le tanwin.

C’est ce qu’on appelle « le pointage d’Abu al-Aswad ».

Le savoir grammatical qu’il avait fondé fut ensuite transmis d’un savant à l’autre :

Abu al-Aswad → Anbasa al-Fil → Maymoun al-Aqran → Abd Allah ibn Abi Ishaq al-Hadrami → Issa ibn Omar → al-Khalil ibn Ahmad → Sibawayh : fondant ainsi toute la tradition grammaticale arabe.

Sa mort et une parole

Abu al-Aswad mourut à Bassora lors de la peste dite al-Jarif, en l’an 69 de l’hégire, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, à l’époque d’Ibn al-Zoubayr.

On lui attribue cette parole :

« Rien n’est plus précieux que le savoir, car les rois gouvernent les gens, et les savants gouvernent les rois. »


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