Identité et origine
Al-Farra est l’imam des grammairiens de Koufa, le plus savant d’entre eux en grammaire, en langue et dans les arts du langage. Il fut aussi exégète et l’auteur de nombreux ouvrages.
- Nom complet : Yahya ibn Ziyad ibn Abdillah ibn Manzour
- Kunya : Abou Zakariyya
- Origine : affranchi (mawla) des Banou Asad, de Koufa, d’où sa nisba al-Asadi al-Koufi
- Naissance : à Koufa, en l’an 144 de l’hégire
Originaire de Koufa, il s’installa ensuite à Bagdad, où il passa la plus grande partie de sa vie.
Le sens de son surnom « al-Farra »
Plusieurs explications ont été données. On dit qu’il fut surnommé ainsi parce qu’il assemblait bien les questions de grammaire, comme le cordonnier qui coud le cuir (yafri al-adim). D’autres disent que c’est parce qu’il « tranchait » (yafri) ses adversaires dans la discussion et le débat, ou parce qu’il découpait la parole avec habileté.
Ses savants et ses élèves
- Ses savants : Ali ibn Hamza al-Kisai (dont il fut le compagnon), al-Qasim ibn Maan, Soufyan ibn Ouyayna, Qays ibn al-Rabi, Mandal ibn Ali, Abou al-Ahwas et Abou Bakr ibn Ayyach.
- Ses élèves : Salama ibn Aasim, Mouhammad ibn al-Jahm al-Simmari et Omar ibn Boukayr.
Sa place et son rang
Al-Farra était un imam de la langue arabe, savant dans les batailles des Arabes, leur histoire et leur poésie, juriste, connaisseur de la médecine et de l’astronomie. On le surnomma « le prince des croyants en grammaire » (amir al-mouminin fi al-nahw), tant son rang était élevé parmi les savants de la langue. On disait de lui : « Sans al-Farra, la langue arabe n’aurait pas existé », car c’est lui qui l’affina et la fixa.
Thalab disait : « Sans al-Farra, l’arabe se serait effondré, car chacun le revendiquait et parlait selon sa propre raison, si bien que la langue allait se perdre. »
Ibn al-Anbari disait : « Si Bagdad et Koufa n’avaient eu comme savants de la langue qu’al-Kisai et al-Farra, cela aurait suffi à leur gloire sur tous les autres, car c’est en eux que les sciences ont abouti. »
Parmi ses paroles célèbres : « Je vais mourir avec dans le cœur quelque chose au sujet de hatta — car elle fait le jarr, le nasb et le rafʿ. »
Al-Farra et le calife al-Mamoun
Le calife al-Mamoun ordonna à al-Farra de composer un ouvrage rassemblant les fondements de la grammaire. On lui réserva une pièce à part, on mit à son service des aides pour tout ce dont il avait besoin — au point qu’on l’avertissait même de l’heure des prières — afin que rien ne le distraie. Des copistes furent chargés de mettre son travail par écrit, jusqu’à ce qu’il achève le livre des Houdoud (« Définitions »), que al-Mamoun fit conserver dans ses bibliothèques.
Al-Mamoun l’avait aussi chargé d’enseigner la grammaire à ses deux fils. Un jour, alors qu’al-Farra voulait se lever, les deux princes se précipitèrent vers ses sandales pour les lui présenter et se disputèrent l’honneur de le faire, jusqu’à convenir que chacun en présenterait une. Quand al-Mamoun l’apprit, il ne blâma pas ce geste, mais dit cette parole restée célèbre : « Un homme n’est jamais trop grand pour s’abaisser devant son souverain, son père et son enseignant. »
Ses œuvres
Al-Farra laissa de nombreux ouvrages, parmi lesquels : al-Lughat, al-Maqsour wa al-Mamdoud, al-Moudhakkar wa al-Mou’annath, Mushkil al-lugha (en grande et petite version), al-Waqf wa al-Ibtida, al-Nawadir, al-Houdoud (composé sur ordre d’al-Mamoun), et surtout Maani al-Quran.
Ce dernier fut dicté à la demande de son élève Omar ibn Boukayr, qui était au service du gouverneur al-Hassan ibn Sahl. Celui-ci l’interrogeait sans cesse sur des passages du Coran auxquels il ne savait répondre ; il demanda donc à al-Farra de lui rassembler les principes dans un livre auquel se référer. Al-Farra le lui composa, et l’ouvrage fut dicté devant une grande assemblée où se trouvaient, dit-on, quatre-vingts juges.
On rapporte qu’al-Farra dictait tous ses livres de mémoire, sans avoir de copie sous les yeux.
Sa mort
Al-Farra mourut en l’an 207 de l’hégire, alors qu’il était en chemin vers le pèlerinage, à l’âge de soixante-trois ans.

