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Al-Khalil ibn Ahmad al-Farahidi – الخَلِيل بنُ أَحْمَد الفَرَاهِيدِيّ (ت: 170 هـ)

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Identité et origine

Al-Khalil ibn Ahmad al-Farahidi est l’un des plus grands savants de la langue arabe, fondateur de la science de la métrique (al-aroud) et auteur du tout premier dictionnaire de l’arabe.

  • Nom complet : al-Khalil ibn Ahmad ibn Amr ibn Tamim
  • Kunya : Abou Abd al-Rahman
  • Origine : arabe, de la tribu d’Azd à Oman ; il porte la nisba al-Farahidi al-Azdi al-Yahmadi
  • Naissance : à Bassora, en l’an 100 de l’hégire
  • Spécialité : grammairien et lexicographe, fondateur de la métrique

On rapporte qu’aucun homme ne fut nommé « Ahmad » après le Prophète ﷺ avant le père d’al-Khalil. Il naquit et grandit à Bassora, où il se voua très tôt à l’étude et à la recherche.

Ses savants et ses élèves

  • Ses savants : Issa ibn Omar, Abou Amr ibn al-Ala, et Ayyoub al-Sakhtiyani. Il prit la grammaire d’Issa ibn Omar, qu’il loua dans ces vers : « La grammaire que vous aviez rassemblée s’est effacée, sauf ce qu’Issa ibn Omar a renouvelé. »
  • Ses élèves : Sibawayh, al-Nadr ibn Choumayl, al-Layth ibn al-Mouzaffar, al-Asmai, et al-Mouarrij ibn Amr al-Sadousi.

Sibawayh fut son élève le plus proche : l’essentiel des récits cités dans son Kitab (le « Coran de la grammaire ») remonte à al-Khalil. Chaque fois que Sibawayh écrit « je l’ai interrogé » ou rapporte un avis sans nommer son auteur, c’est al-Khalil qu’il désigne.

Sa personnalité

Al-Khalil était une référence absolue dans la langue des Arabes, en même temps qu’un homme pieux, scrupuleux, sobre et humble, d’un rang immense. On disait : « Qui veut voir un homme façonné d’or et de musc, qu’il regarde al-Khalil ibn Ahmad. »

Il fut l’un des plus grands ascètes de son temps, se contentant de peu et endurant la rudesse de la vie. Il vivait à Bassora dans une simple hutte de roseaux, ne possédant pas même deux fals, tandis que ses élèves gagnaient des fortunes grâce à son savoir. Il répétait souvent ce vers :

« Quand tu auras besoin de tes trésors amassés, tu ne trouveras nul trésor comparable aux œuvres pieuses. »

L’émir Soulayman ibn Habib al-Mouhallab le convoqua un jour pour qu’il instruise l’un de ses fils. Al-Khalil tendit au messager un quignon de pain sec et lui dit : « Je n’ai rien d’autre, et tant que je l’ai, je n’ai nul besoin de Soulayman. » Puis il fit dire à l’émir, en vers, qu’il se passait de lui et de ses biens.

Il disait aussi : « Si ces gens-là (les savants) ne sont pas les alliés d’Allah, alors Allah n’a point d’allié. »

Sa croyance

Au début de sa vie, al-Khalil adhéra à la doctrine des Kharijites ibadites, puis il s’en détourna après avoir fréquenté Ayyoub al-Sakhtiyani. Il devint un homme de la Sunna : Ibrahim al-Harbi rapporte que, parmi les savants de la langue à Bassora, quatre seulement se distinguaient comme gens de la Sunna — Abou Amr ibn al-Ala, al-Khalil ibn Ahmad, Younous ibn Habib et al-Asmai.

L’invention de la métrique (al-aroud)

C’est dans la métrique qu’al-Khalil accomplit son œuvre la plus singulière : il en fut l’inventeur, sans nul précédent. À son époque, les poètes les plus récents commettaient des fautes dans les mètres du vers, par faiblesse de leur talent. Al-Khalil, par amour de la langue arabe, entreprit de fonder une science nouvelle pour redresser et régler les mètres du poème.

Plusieurs récits rapportent le déclic :

  • Le récit de l’invocation : il aurait imploré Allah de lui accorder une science dont nul ne l’aurait précédé, puis se serait retiré du monde, et la métrique lui fut ouverte.
  • Le récit du forgeron : il serait passé près des chaudronniers et aurait conçu l’idée à partir du rythme du marteau frappant le plateau de cuivre.

Il dénombra ainsi quinze mètres (bahr) : al-tawil, al-madid, al-basit, al-wafir, al-kamil, al-hazaj, al-rajaz, al-ramal, al-sari, al-mounsarih, al-khafif, al-moudari, al-mouqtadab, al-moujtath et al-moutaqarib. Al-Akhfach y ajouta plus tard un seizième, qu’il nomma al-khabab (ou al-moutadarik).

Une anecdote célèbre rapporte qu’il scandait un jour les mètres à voix haute, seul dans sa maison. Son fils, le voyant ainsi, sortit annoncer aux gens : « Mon père a perdu la raison ! » Lorsqu’ils accoururent et lui rapportèrent les propos de l’enfant, al-Khalil répondit en vers :

« Si tu savais ce que je dis, tu m’excuserais ; et si je comprenais ce que tu dis, je te blâmerais. Mais tu as ignoré mes paroles et tu m’as blâmé ; et j’ai su que tu ignorais, alors je t’ai excusé. »

Le Kitab al-Ayn, premier dictionnaire de l’arabe

Al-Khalil composa le premier dictionnaire de la langue arabe, le célèbre Kitab al-Ayn. Son classement repose non pas sur l’ordre alphabétique habituel, mais sur les points d’articulation des lettres (makharij) : il part du son le plus profond de la gorge, le ayn, qui donne son titre à l’ouvrage, pour avancer peu à peu jusqu’aux lèvres, terminant par le mim, puis les lettres de prolongation et la hamza.

Quelques-unes de ses paroles

Al-Khalil disait : « Les sciences sont des serrures, et les questions en sont les clés. »

Il disait aussi : « Quand je sors de chez moi, je rencontre l’un de trois hommes : un homme plus savant que moi, et c’est un jour de profit ; un homme mon égal, et c’est un jour d’échange ; ou un homme de moindre savoir, et c’est un jour de récompense. »

Et encore : « Les hommes sont quatre : celui qui sait et qui sait qu’il sait, c’est un savant, suivez-le ; celui qui sait mais ne sait pas qu’il sait, rappelez-le-lui ; celui qui ne sait pas et qui sait qu’il ne sait pas, c’est un ignorant, enseignez-le ; celui qui ne sait pas et ne sait pas qu’il ne sait pas, c’est un égaré, méfiez-vous-en. »

Ibn al-Mouqaffa, après l’avoir rencontré, dit de lui : « J’ai vu un homme dont la raison dépassait le savoir. »

Sa mort

Al-Khalil ibn Ahmad mourut à Bassora, en l’an 170 de l’hégire (selon l’avis le plus retenu ; d’autres disent 160 ou 175). Il avait consacré sa vie au savoir, et laissa derrière lui une œuvre dont l’héritage perdure encore aujourd’hui.


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