Identité et origine
Al-Kisai est l’imam de la grammaire, de la langue et de la lecture coranique à Bagdad. Il est l’un des sept lecteurs (qourra) du Coran, et le grand savant de l’école grammaticale de Koufa.
- Nom complet : Ali ibn Hamza ibn Abdillah ibn Bahman ibn Fayrouz
- Kunya : Abou al-Hassan
- Origine : d’ascendance perse, affranchi (mawla) des Banou Asad ; rattaché à Koufa, d’où sa nisba al-Asadi al-Koufi
- Naissance : à Koufa, vers l’an 120 de l’hégire
Originaire de Koufa, il s’installa ensuite à Bagdad. Il se consacra d’abord à la lecture du Coran auprès des grands savants de son temps, avant de se tourner vers la grammaire.
Le sens de son surnom « al-Kisai »
Plusieurs explications ont été données, mais la plus solide est celle qu’il rapporta lui-même : interrogé sur l’origine de son surnom, il répondit « parce que je me suis mis en état de sacralisation (ihram) enveloppé d’un manteau (kisa) ». On dit aussi qu’il avait l’habitude de s’envelopper dans un kisa lorsqu’il récitait devant son savant Hamza al-Zayyat.
Ses savants et ses élèves
- Ses savants : al-Khalil ibn Ahmad, Abou Jaafar al-Rou’asi, Maadh al-Harra (auprès de qui il apprit la grammaire), Jaafar al-Sadiq, al-Aamach ; et pour la lecture du Coran, Hamza al-Zayyat (sur qui il récita le Coran quatre fois), Ibn Abi Layla et Aasim ibn Abi al-Najoud.
- Ses élèves : Yahya al-Farra, Abou Amr al-Douri, et Abou Oubayd al-Qasim ibn Sallam.
Ce qui le conduisit à la grammaire
Al-Kisai apprit la grammaire sur le tard. Avant de s’y consacrer, il fréquentait un groupe de gens cultivés. Un jour, il arriva épuisé d’une longue marche et dit : « qad ʿayītou » — «قَدْ عَيِيتُ» (« je suis épuisé »), mais en se trompant dans le mot. On le reprit : « Tu t’assieds avec nous et tu fais des fautes de langue ? » Il demanda : « En quoi ai-je fauté ? » On lui expliqua : « Si tu veux dire que tu es fatigué par la marche, dis aʿyaytou — «أَعْيَيْتُ» ; si tu veux dire que tu es à bout de ressources dans une affaire, dis ʿayītou — «عَيِيتُ» (sans redoublement). »
Vexé par cette remarque, il se leva aussitôt, demanda qui enseignait la grammaire, et s’y attacha jusqu’à devenir l’imam de Koufa dans cette science, en plus d’être l’un des sept lecteurs du Coran.
Sa personnalité et son rang
Al-Kisai était un homme d’un grand mérite dans sa religion et sa science, imam à la fois en grammaire, en langue et en lectures coraniques. Sa lecture du Coran est l’une des sept lectures sûres et fidèlement transmises (moutawatira). Il fut le précepteur du calife al-Rachid, puis de son fils al-Amin.
Les savants ont fait son éloge :
- L’imam al-Chafii disait : « Qui veut devenir savant en grammaire dépend entièrement d’al-Kisai. »
- Al-Farra raconta qu’il débattit un jour avec lui et conclut : « C’était comme si j’étais un oiseau buvant à une mer. »
- Ibn al-Anbari dit qu’il réunissait ce que nul autre ne réunissait : il était le plus savant des gens en grammaire, unique dans les mots rares, et seul dans la science du Coran. Les gens étaient si nombreux à venir vers lui qu’il les rassemblait, s’asseyait sur une chaise et récitait le Coran d’un bout à l’autre, pendant qu’ils notaient jusqu’aux pauses et aux départs.
On rapporte qu’on ne lui posait jamais une question de fiqh sans qu’il y réponde à partir des règles de la grammaire. Ainsi, on lui demanda : « Que dis-tu de celui qui se trompe dans la prosternation de l’oubli, doit-il en refaire une ? » Il répondit : « Non : car le diminutif ne se diminue pas. »
Sa croyance
Al-Kisai était un homme de la Sunna. Abou Omar al-Douri rapporte qu’il ne changea rien à sa conduite auprès du pouvoir, sinon son habit. Un savant de Koufa, le voyant porter de larges manches, lui demanda : « Quelle est cette tenue, ô Abou al-Hassan ? » Il répondit : « C’est une convenance imposée par le pouvoir : elle n’entame pas la religion, n’introduit aucune innovation, et ne fait pas sortir de la Sunna. »
La question du zounbour
C’est al-Kisai qui posa à Sibawayh la fameuse question du zounbour (al-mas’ala al-zounbouriyya), lors de leur célèbre joute à Bagdad. Les deux hommes s’opposèrent sur la manière de dire « et voilà que c’était bien elle » : Sibawayh défendait « houwa hiya », al-Kisai admettait aussi « houwa iyyaha ».
Sur le fond, les savants ont jugé que la réponse juste était celle de Sibawayh, appuyée par plusieurs versets du Coran. Mais cette divergence montre surtout la différence de méthode entre les deux écoles : les Basriens ne fondaient leurs règles que sur l’usage le plus répandu chez les Arabes les plus purs, tandis que les Koufiens acceptaient comme base ce que les Basriens tenaient pour rare ou exceptionnel.
Ses œuvres
Al-Kisai laissa de nombreux ouvrages, parmi lesquels : Maani al-Quran, Moukhtasar fi al-Nahw (un abrégé de grammaire), al-Qira’at (les lectures), Maqtou al-Quran wa mawsoulihi, al-Nawadir (recueil de raretés, en grande et petite version), al-Hija et al-Masadir.
On lui attribue aussi ces vers :
أَيُّهَا الطَّالِبُ عِلْمًا نَافِعًا ❁ اطْلُبِ النَّحْوَ ودَعْ عَنْكَ الطَّمَعْ
إِنَّمَا النَّحْوُ قِيَاسٌ يُتَّبَعْ ❁ وبِهِ فِي كُلِّ عِلْمٍ يُنْتَفَعْ
« Ô toi qui cherches une science utile, recherche la grammaire et laisse la convoitise. Car la grammaire est une règle que l’on suit, et par elle on tire profit de toute science. »
Sa mort
Al-Kisai mourut à al-Rayy, dans un village appelé Ranbouya, alors qu’il accompagnait al-Rachid, en l’an 189 de l’hégire, à l’âge d’environ soixante-dix ans. Fait remarquable, il mourut le même jour que le juriste Mouhammad ibn al-Hassan al-Chaybani, le compagnon d’Abou Hanifa. Le calife al-Rachid dit alors cette parole restée célèbre :
«دَفَنَّا الْفِقْهَ وَاللُّغَةَ بِالرَّيِّ فِي يَوْمٍ وَاحِدٍ»
« Nous avons enterré le fiqh et la grammaire à al-Rayy le même jour. »

