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Sibawayh – سِيبَوَيْهِ (ت: 180 هـ)

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Identité et origine

Sibawayh est l’imam de la grammaire arabe et la grande référence des Arabes en matière de langue (houjjat al-Arab). C’est lui qui, le premier, développa et organisa la science de la grammaire (nahw).

  • Nom complet : Amr ibn Outhman ibn Qanbar
  • Kunya : Abou Bichr (on dit aussi Abou al-Hassan, mais Abou Bichr est la plus connue)
  • Origine : d’origine perse, affranchi (mawla) des Banou al-Harith ibn Kaab ; on le rattache ensuite à Bassora, d’où sa nisba al-Farisi al-Basri
  • Naissance : en l’an 148 de l’hégire, dans un village proche de Chiraz appelé al-Bayda, au pays de Perse

Il naquit en Perse, mais grandit et se forma à Bassora, où il commença par fréquenter les gens du hadith et les juristes, à la recherche des traditions prophétiques et du fiqh.

Le sens de son surnom « Sibawayh »

Le nom Sibawayh est un surnom d’origine persane qui signifie « parfum de pomme » (rayhat al-touffah). On dit qu’il lui fut donné parce que ses joues étaient roses comme deux pommes. Selon un autre récit, sa mère le lui répétait pour le bercer quand il était petit.

Ses savants et ses élèves

  • Ses savants : al-Khalil ibn Ahmad al-Farahidi, Issa ibn Omar, Younous ibn Habib, et Abou al-Khattab (al-Akhfach l’Ancien).
  • Ses élèves : Said ibn Massada (al-Akhfach al-Awsat) et Mouhammad ibn al-Moustanir, dit Qoutroub.

Al-Khalil fut son principal savant, celui dont il apprit le plus. Lorsque Sibawayh venait le voir, al-Khalil l’accueillait par ces mots : « Bienvenue à un visiteur dont on ne se lasse jamais ! »

Ce qui le conduisit à la grammaire

Un jour, Sibawayh écrivait sous la dictée de Hammad ibn Salama. Comme il fit une faute de langue (lahn) en lisant un mot, Hammad le reprit. Sibawayh dit alors : « Je vais chercher une science dans laquelle tu ne pourras plus me reprendre. » Il s’attacha dès lors à al-Khalil ibn Ahmad, devint excellent en grammaire et y atteignit le plus haut niveau.

Sa personnalité et son rang

Sibawayh était un homme de la Sunna, qui aimait le savoir et les savants. Il fréquentait les traditionnistes et les juristes et recherchait les récits prophétiques et le fiqh. On le considère comme l’imam de la langue, la référence des Arabes et celui qui comprenait le mieux la grammaire.

On rapporte qu’il avait du mal à s’exprimer à l’oral (hubsa), mais que sa plume, elle, était fluide et brillante : son savoir dépassait sa parole.

C’était aussi un jeune homme beau et soigné, qui avait touché à toutes les sciences et pris part à tous les arts du langage, malgré son jeune âge.

Son œuvre : al-Kitab

Sibawayh composa al-Kitab (« le Livre »), considéré comme le premier ouvrage organisé qui rassemble et fixe les règles de la langue arabe. On l’appelle simplement « le Livre » parce que Sibawayh le laissa sans titre : mort jeune, il n’eut pas le temps de le reprendre ni de le terminer ; l’ouvrage n’a ni introduction ni conclusion, malgré sa très grande valeur.

À Bassora, il suffisait de dire « un tel a lu le Livre » pour que l’on sache qu’il s’agissait d’al-Kitab. Les grammairiens qui vinrent après lui y puisèrent abondamment, sans jamais en épuiser la richesse.

Al-Jahiz disait : « Personne n’a écrit en grammaire un livre comparable, et tous les autres livres lui doivent quelque chose. » Quant à al-Moubarrad, lorsqu’un étudiant voulait lire al-Kitab avec lui, il lui demandait : « As-tu déjà pris la mer ? » pour en montrer la grandeur et la difficulté.

Al-Zamakhchari composa pour lui ces vers :

أَلَا صَلَّى الإِلَهُ صَلَاةَ صِدْقٍ *** على عَمْرِوِ بن عُثْمَانَ بنِ قَنْبَرْ
فَإِنَّ كِتَابَه لم يُغْنِ عَنهُ *** بَنو قَلَمٍ وَلَا أَبنَاءُ مِنْبَرْ

« Qu’Allah répande Sa bénédiction sincère sur Amr ibn Outhman ibn Qanbar. Car de son livre, ni les gens de plume ni les gens de chaire n’ont pu se passer. »

La question du zounbour

On rapporte souvent que la mort de Sibawayh fut liée à une joute oratoire (mounazara) qui l’opposa à al-Kisai à Bagdad, en présence de Said al-Akhfach et d’al-Farra. Réunis chez les Barmakides, on leur posa une question de grammaire : fallait-il dire « fa-idha houwa hiya » ou « fa-idha houwa iyyaha » (« et voilà que c’était bien elle ») ? Sibawayh donna la réponse juste selon les Basriens — « houwa hiya » —, mais on fit venir des bédouins qui, s’étant mis d’accord à l’avance avec al-Kisai, donnèrent l’autre réponse. La séance se termina sur l’apparente défaite de Sibawayh ; il quitta l’Irak et, dit-on, mourut peu après de chagrin.

Mais ce récit n’est pas authentique : c’est une invention, comme l’a affirmé l’imam al-Dhahabi dans ses Siyar. Les signes de la fabrication y sont clairs : le rang d’al-Kisai dans le savoir et la religion, il est l’un des sept lecteurs célèbres du Coran, rend impossible qu’il se soit prêté à un tel complot et qu’il ait menti sur la langue des Arabes et celle du Coran, juste pour garder sa place auprès des gens.

Sa mort

Sibawayh mourut à Chiraz (ou à al-Ahwaz ; certains disent à Bassora), en l’an 180 de l’hégire. Il n’avait que trente-deux ans selon l’avis le plus répandu (d’autres disent une quarantaine d’années), parti très jeune, au sommet d’un savoir que personne après lui n’a égalé.

On rapporte qu’à l’approche de la mort, posant sa tête sur les genoux de son frère qui pleurait, il récita ce vers :

« Nous étions deux frères, et le temps nous a séparés jusqu’au terme le plus lointain — qui donc se croit à l’abri du temps ? »


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