Les mots arabes essentiels, expliqués de façon claire et accessible.

أ

أَدَبٌ — La littérature


Le adab c’est un mot qui a changé de sens au fil des siècles. À l’origine, il désignait les bonnes manières et l’éducation. Puis il est devenu « la culture générale du lettré ». Et enfin, il a pris le sens de « littérature » — la production écrite et orale d’une civilisation.

En arabe, le adab couvre tout : la poésie, la prose, les discours, les lettres, les récits, les maqāmāt. C’est plus large que le mot « littérature » en français — ça inclut aussi la culture et le savoir-vivre du lettré.

Un أَدِيب (adīb) c’est pas juste un écrivain — c’est quelqu’un qui maîtrise la langue, connaît la poésie, l’histoire, et sait s’exprimer avec élégance.

Ce qu’il faut retenir :
• Adab = à l’origine éducation et bonnes manières, puis culture du lettré, puis littérature
• Il couvre la poésie, la prose, les discours et les récits
• L’adīb c’est le lettré cultivé, pas juste un écrivain

  • Adab

أُسْلُوبُ الحَكِيمِ — La réponse sage


L’uslūb al-ḥakīm c’est quand tu réponds à quelqu’un non pas sur ce qu’il a demandé, mais sur ce qu’il aurait DÛ demander. Tu élèves la conversation vers ce qui est plus important.

Par exemple, quelqu’un demande : « Quand est la récolte ? » et tu réponds : ازْرَعْ أَوَّلًا (plante d’abord !). Il demandait le « quand », mais la vraie question c’est « est-ce que tu as planté ? ». Tu rediriges vers ce qui compte vraiment.

Ce qu’il faut retenir :
• Uslūb al-ḥakīm = répondre sur ce qui est plus important que la question posée
• C’est une façon d’élever le discours et de rediriger l’attention
• C’est un muḥassin maʿnawī

  • Balagha

أُصُولُ النَّحْوِ — Les fondements de la grammaire


Les uṣūl an-naḥw c’est la science qui étudie les sources et les méthodes à partir desquelles les règles de grammaire arabe ont été construites. Si le naḥw te dit « le fāʿil est marfūʿ », les uṣūl an-naḥw te disent pourquoi et comment les savants sont arrivés à cette règle.

C’est au naḥw ce que les uṣūl al-fiqh sont au fiqh : la méthodologie, les principes directeurs, les fondations sur lesquelles repose tout l’édifice. Sans les uṣūl, le naḥw serait un ensemble de règles sans justification.

Les quatre sources principales sont : السَّمَاع (l’écoute/transmission), الإِجْمَاع (le consensus), القِيَاس (l’analogie) et اِسْتِصْحَاب الحَال (la continuité de l’état d’origine).

Ce qu’il faut retenir :
• Uṣūl an-naḥw = les sources et méthodes qui fondent les règles grammaticales
• Quatre sources : samāʿ, ijmāʿ, qiyās, istiṣḥāb
• C’est la méthodologie de la grammaire, pas la grammaire elle-même

  • Uṣūl an-naḥw

أَلِفُ الوَصْلِ — Le alif de liaison


Le alif al-waṣl c’est le alif qui porte la hamzat al-waṣl. C’est le même concept que la hamzat al-waṣl vu plus haut, mais ici on s’intéresse spécifiquement à l’écriture du alif.

À l’écrit, il s’écrit ا sans aucun signe — pas de ء dessus ni dessous. On le trouve au début de l’article ال, au début des verbes à l’impératif trilitère (اُكْتُبْ), et dans quelques noms précis.

L’erreur la plus fréquente c’est d’écrire إسم au lieu de اسم, ou إبن au lieu de ابن. Ces mots ont un alif de liaison, pas une hamzat al-qaṭʿ.

Ce qu’il faut retenir :
• Alif al-waṣl = ا sans signe de hamza
• Erreurs courantes : إسم ✗اسم ✓ / إبن ✗ابن ✓
• Présent dans : ال, les impératifs trilitères, les formes V-X, et quelques noms

  • Imla'

أَلِفٌ زَائِدَةٌ — Le alif ajouté


Le alif zāʾida c’est un alif qu’on écrit mais qu’on ne prononce pas. Il est ajouté à l’écrit pour des raisons orthographiques, mais il n’a aucun impact sur la prononciation.

L’exemple le plus courant c’est le alif après le wāw du pluriel : كَتَبُوا (ils ont écrit). Le alif à la fin ne se prononce pas — on dit « katabū » pas « katabūā ». Il est là juste pour distinguer ce wāw du wāw normal.

Autre cas : مِائَة (cent) — le alif après le mīm ne se prononce pas. On dit « miʾa » pas « miāʾa ». C’est un alif zāʾida historique.

Ce qu’il faut retenir :
• Alif zāʾida = écrit mais pas prononcé
• Cas principal : après le wāw du pluriel (كَتَبُوا، ذَهَبُوا، لَمْ يَذْهَبُوا)
• Ne pas le confondre avec le alif qui fait partie du mot

  • Imla'

أَلِفُ الفَارِقَةِ — Le alif distinctif


Le alif fāriqa, c’est le alif qu’on ajoute après le wāw de la 3ᵉ personne du pluriel masculin dans les verbes.
Il ne se prononce pas — il sert uniquement à distinguer ce wāw (و الجماعة) des autres types de wāw.

Par exemple, ذَهَبُوا (ils sont allés) — le alif après le wāw est muet.
On dit « dhahabū », pas « dhahabūā ».
Même chose avec لَنْ يَذْهَبُوا et اذْهَبُوا.

Attention : ce alif ne s’ajoute pas après un wāw qui fait partie du verbe lui-même,
comme dans يَدْعُو (il invoque) ou يَرْجُو (il espère).

Ce qu’il faut retenir :
Alif fāriqa = alif après le wāw du pluriel dans les verbes
• Il est écrit mais jamais prononcé
• Il sert à distinguer le wāw du pluriel d’un wāw d’origine
يَدْعُو ✓ et non يَدْعُوا ✗

  • Imla'

أَلِفٌ مَقْصُورَةٌ — Le alif raccourci


Le alif maqṣūra c’est un alif qui s’écrit sous forme de yāʾ sans points (ى) à la fin d’un mot. Il se prononce comme un alif normal — c’est juste la façon de l’écrire qui change.

Par exemple, رَمَى (il a lancé) — le dernier son est un « ā » mais on l’écrit ى, pas ا. Pourquoi ? Parce que l’origine de ce alif est un yāʾ (la racine c’est ر م ي). Pareil pour عَلَى, إِلَى, مُوسَى.

La règle de base : si l’origine du alif est un yāʾ, on écrit ى. Si c’est un wāw, on écrit ا. Pour les verbes, on conjugue au présent pour vérifier : رَمَى → يَرْمِي (yāʾ) → donc ى.

Ce qu’il faut retenir :
• Alif maqṣūra = alif écrit ى (yāʾ sans points) en fin de mot
• Origine yāʾ → ى / Origine wāw → ا
• Astuce : conjugue au présent ou reviens à la racine pour vérifier

  • Imla'

أَلِفٌ مَمْدُودَةٌ — Le alif étendu


Le alif mamdūda c’est le alif normal, droit, qui s’écrit ا à la fin d’un mot. C’est la forme standard du alif — celle qu’on utilise quand l’origine est un wāw.

Par exemple, دَعَا (il a invoqué) — on écrit ا parce que la racine c’est د ع و (avec un wāw). On le vérifie au présent : يَدْعُو → wāw → donc ا. Pareil pour عَلَا (il s’est élevé) → يَعْلُو.

Ce qu’il faut retenir :
• Alif mamdūda = alif droit ا en fin de mot
• S’utilise quand l’origine est un wāw
• Astuce : si le présent finit en و → ا / si en ي → ى

  • Imla'

إ

إِبْدَالٌ — La substitution


L’ibdāl c’est le remplacement d’une lettre par une autre dans un mot pour faciliter la prononciation ou suivre une règle morphologique. C’est plus large que l’iʿlāl — il ne touche pas que les lettres faibles.

Par exemple, le schème اِفْتَعَلَ appliqué à la racine ص ب ر devrait donner « اِصْتَبَرَ », mais le ت se transforme en ط pour s’harmoniser avec le ص, et on obtient اِصْطَبَرَ.

Ce qu’il faut retenir :
• Ibdāl = remplacement d’une lettre par une autre
• Se produit souvent dans la forme VIII (اِفْتَعَلَ)
• L’objectif est de faciliter la prononciation et l’harmonie entre les lettres

  • Sarf

إِجْمَاعٌ — Le consensus


L’ijmāʿ en grammaire c’est quand tous les grammairiens sont d’accord sur une règle. Si Baṣra et Kūfa disent tous la même chose, c’est un ijmāʿ — et on ne peut plus le remettre en question.

Par exemple, tout le monde est d’accord que le fāʿil est marfūʿ et que le mafʿūl bihi est manṣūb. Personne n’a jamais contesté ça. C’est un ijmāʿ.

Mais l’ijmāʿ en naḥw est plus rare qu’en fiqh — les grammairiens divergent beaucoup. Sur beaucoup de questions, tu trouves au moins une voix dissidente. C’est pour ça que cette source est moins utilisée que les autres.

Ce qu’il faut retenir :
• Ijmāʿ = accord unanime des grammairiens sur une règle
• C’est une preuve définitive — on ne peut plus diverger
• En pratique, c’est rare car les grammairiens divergent beaucoup

  • Uṣūl an-naḥw

إِدْغَامٌ — L’assimilation


L’idghām c’est la fusion de deux lettres identiques ou proches en une seule lettre doublée (avec une shadda). C’est un mécanisme naturel de la langue pour simplifier la prononciation.

Par exemple, le verbe مَدَدَ a deux dāl qui se suivent — ils fusionnent pour donner مَدَّ (il a étendu). Pareil : رَدَدَرَدَّ (il a rendu).

C’est pour ça que les verbes muḍaʿʿaf (doublés) ont une forme différente — l’idghām fusionne les deux lettres identiques.

Ce qu’il faut retenir :
• Idghām = fusion de deux lettres en une lettre avec shadda
• Se produit quand deux lettres identiques ou proches se suivent
• C’est ce qui donne les verbes muḍaʿʿaf (مَدَّ، رَدَّ، شَدَّ)

  • Sarf

إِطْنَابٌ — La prolixité


L’iṭnāb c’est utiliser plus de mots que nécessaire — mais pour une bonne raison. Ce n’est pas du remplissage. Chaque mot en plus apporte un sens supplémentaire : clarification, insistance, émotion.

Par exemple : رَبِّ اغْفِرْ لِي وَلِوَالِدَيَّ وَلِمَنْ دَخَلَ بَيْتِيَ مُؤْمِنًا وَلِلْمُؤْمِنِينَ وَالمُؤْمِنَاتِ. Dans cette invocation du prophète Nūḥ عليه السلام rapportée dans le Coran, le détail n’est pas superflu — chaque mention ajoute un cercle : d’abord lui-même, puis ses parents, puis ceux qui entrent chez lui en croyants, puis l’ensemble des croyants et des croyantes. L’ampleur de la demande se déploie progressivement.

Ce qu’il faut retenir :
• Iṭnāb = les mots dépassent le sens de base, mais chaque ajout a une raison
• Procédés : explication, précision, répétition, parenthèse (iʿtirāḍ)
• L’opposé de l’ījāz — mais les deux sont de la balāgha quand c’est bien fait

  • Balagha

إِعْجَازُ القُرْآنِ — L’inimitabilité du Coran


L’iʿjāz al-Qurʾān c’est le fait que le Coran ne peut être imité par aucune créature — ni dans sa langue, ni dans son style, ni dans son contenu. Allah a défié les Arabes d’en produire ne serait-ce qu’une sourate semblable, et personne n’a pu relever le défi.

C’est ce concept qui a donné naissance à la balāgha comme science. Les savants ont voulu comprendre pourquoi le Coran est inimitable — et pour ça, ils ont dû analyser la langue arabe en profondeur : ses structures, ses images, ses niveaux de sens. Al-Jurjānī, al-Bāqillānī, al-Khaṭṭābī — tous ont écrit sur l’iʿjāz, et leurs travaux ont fondé les sciences de la balāgha.

L’iʿjāz touche plusieurs dimensions : la dimension linguistique (un style qui n’est ni poésie ni prose, mais au-dessus des deux), la dimension législative (des lois parfaites), la dimension scientifique (des vérités que les Arabes ne pouvaient pas connaître), et la dimension prophétique (des annonces de l’avenir qui se sont réalisées).

Ce qu’il faut retenir :
• Iʿjāz = le Coran ne peut être imité — c’est sa preuve miraculeuse
• C’est l’iʿjāz qui a donné naissance à la balāgha comme science
• Plusieurs dimensions : linguistique, législative, scientifique, prophétique

  • Balagha

إِعْرَابٌ — La déclinaison


L’iʿrāb c’est le fait que la fin d’un mot change selon sa fonction dans la phrase. C’est le cœur de la grammaire arabe.

Par exemple, le mot طَالِبٌ peut devenir طَالِبًا ou طَالِبٍ selon qu’il est sujet, complément d’objet ou après une préposition. C’est la voyelle finale qui change — et c’est ça l’iʿrāb.

L’iʿrāb te dit pourquoi un mot est dans la phrase. Sans ça, tu lis l’arabe sans comprendre la structure.

Ce qu’il faut retenir :
• L’iʿrāb c’est le changement de la fin du mot selon sa fonction
• Il se manifeste par une voyelle (ḍamma, fatḥa, kasra) ou une lettre
• Il concerne les noms muʿrab et le verbe muḍāriʿ

  • Nahw

إِعْلَالٌ — L’altération des lettres faibles


L’iʿlāl c’est le changement qui touche les lettres faibles (و et ي) dans un mot. Ces lettres sont « faibles » parce qu’elles ne supportent pas certaines voyelles — alors elles changent, bougent ou disparaissent.

Par exemple, le verbe قَوَلَ devrait exister en théorie, mais le و ne supporte pas la fatḥa qui le précède — alors il se transforme en alif et on obtient قَالَ. C’est ça l’iʿlāl.

L’iʿlāl peut prendre trois formes : la lettre faible peut être remplacée (قَوَلَ → قَالَ), déplacée (sa voyelle bouge sur la lettre d’avant), ou supprimée.

Ce qu’il faut retenir :
• L’iʿlāl touche les lettres faibles (و et ي)
• Trois types : iʿlāl bi-l-qalb (substitution), bi-l-naql (déplacement), bi-l-ḥadhf (suppression)
• C’est ce qui rend la conjugaison des verbes muʿtall plus complexe

  • Sarf

إِمْلَاءٌ — L’orthographe


L’imlāʾ c’est la science qui t’apprend à écrire correctement les mots arabes. Parce qu’en arabe, ce que tu entends et ce que tu écris ne correspondent pas toujours — il y a des lettres qu’on écrit mais qu’on ne prononce pas, et des lettres qu’on prononce mais qu’on n’écrit pas.

Par exemple, dans هَذَا tu prononces un alif à la fin mais tu ne l’écris pas. Et dans قَالُوا tu écris un alif après le wāw mais tu ne le prononces pas. Sans l’imlāʾ, tu fais des fautes sans t’en rendre compte.

L’imlāʾ couvre la hamza, le alif, le tāʾ marbūṭa, le lām shamsī, les lettres ajoutées et supprimées — tout ce qui concerne l’écriture de la langue.

Ce qu’il faut retenir :
• L’imlāʾ = les règles d’écriture de l’arabe
• En arabe, l’écrit et l’oral ne coïncident pas toujours
• C’est indispensable pour écrire sans fautes et lire correctement les textes non voyellisés

  • Imla'

إِنَّ وَأَخَوَاتُهَا — Inna et ses sœurs


Inna et ses sœurs, ce sont des particules qui entrent sur la phrase nominale et qui font l’inverse de kāna : c’est le mubtadaʾ qui devient manṣūb (on l’appelle ism de inna), et le khabar reste marfūʿ.

Avant : الطَّالِبُ مُجْتَهِدٌ (l’étudiant est assidu). Après : إِنَّ الطَّالِبَ مُجْتَهِدٌ (certes, l’étudiant est assidu). Tu vois ? « الطَّالِبُ » est devenu « الطَّالِبَ » — de marfūʿ à manṣūb.

Ses « sœurs » ajoutent chacune un sens différent : أَنَّ (que), لَكِنَّ (mais), كَأَنَّ (comme si), لَيْتَ (si seulement), لَعَلَّ (peut-être).

Ce qu’il faut retenir :
• Inna entre sur la phrase nominale : le mubtadaʾ devient manṣūb, le khabar reste marfūʿ
• إِنَّ sert à insister, à confirmer ce qu’on dit
• Ses sœurs : أَنَّ، لَكِنَّ، كَأَنَّ، لَيْتَ، لَعَلَّ

  • Nahw

إِنْشَاءٌ — L’énoncé performatif


L’inshāʾ c’est tout énoncé qui ne peut être ni vrai ni faux. Ce n’est pas une information — c’est une demande, un souhait, un ordre, une question. Tu ne peux pas dire « c’est vrai » ou « c’est faux ».

Quand tu dis اُكْتُبْ (écris !), tu ne donnes pas une information — tu donnes un ordre. On ne peut pas dire que « écris ! » est vrai ou faux. Pareil pour هَلْ فَهِمْتَ؟ (as-tu compris ?) — c’est une question, pas une info.

L’inshāʾ se divise en deux : le ṭalabī (qui demande quelque chose qui n’existe pas encore) et le ghayr ṭalabī (exclamation, serment, formules…).

Ce qu’il faut retenir :
• Inshāʾ = énoncé ni vrai ni faux
• Inshāʾ ṭalabī : ordre, interdiction, question, souhait, appel
• Inshāʾ ghayr ṭalabī : exclamation, serment, formules de contrat

  • Balagha

إِيجَازٌ — La concision


L’ījāz c’est dire beaucoup avec peu de mots. C’est quand le sens est plus large que les mots utilisés — tu comprimes le message sans perdre de clarté.

Le Coran en est rempli. Par exemple : وَلَكُمْ فِي القِصَاصِ حَيَاةٌ (et dans le talion il y a une vie). En quelques mots, tout le principe de la justice est résumé — la punition dissuade et donc sauve des vies.

Il y a deux types : l’ījāz par suppression (on enlève un mot qu’on peut deviner) et l’ījāz par concision (on choisit des mots qui portent plusieurs sens).

Ce qu’il faut retenir :
• Ījāz = le sens dépasse les mots
• Deux types : ījāz ḥadhf (par suppression) et ījāz qaṣr (par concision)
• C’est l’opposé de l’iṭnāb (la prolixité)

  • Balagha

ا

اِسْتِصْحَابُ الحَالِ — La continuité de l’état d’origine


L’istiṣḥāb al-ḥāl c’est le principe qui dit que l’état d’origine d’une chose reste valable tant qu’il n’y a pas de preuve du contraire. En grammaire, ça veut dire : si un mot est dans son état de base, on le laisse comme il est.

Par exemple, l’état d’origine du verbe muḍāriʿ c’est d’être muʿrab (flexible). Il reste muʿrab tant qu’il n’y a pas une raison de le rendre mabnī (comme les nūn al-tawkīd ou nūn al-niswa). L’istiṣḥāb dit : en l’absence de preuve contraire, garde l’état de base.

C’est une source « négative » — elle ne crée pas de nouvelles règles, elle confirme les règles existantes en l’absence d’exception.

Ce qu’il faut retenir :
• Istiṣḥāb = l’état d’origine reste tant qu’il n’y a pas de preuve contraire
• C’est une source de confirmation, pas de création
• La 4ème source — la moins utilisée mais indispensable

  • Uṣūl an-naḥw

اِسْمٌ — Le nom


En arabe, le ism c’est tout ce qui désigne une chose, une personne, un lieu ou un concept — sans être lié à un temps.

Quand tu dis كِتَابٌ (un livre), c’est un ism. Quand tu dis مُحَمَّدٌ (Mohammed), c’est aussi un ism. Ça inclut les noms propres, les noms communs, les adjectifs, les pronoms — tout ce qui n’est pas un verbe ou une particule.

Comment le reconnaître ? Le ism accepte le tanwīn (كِتَابٌ), l’article أل (الكِتَابُ), ou peut être précédé d’une préposition (فِي البَيْتِ).

Ce qu’il faut retenir :
• Le ism désigne quelque chose sans notion de temps
• On le reconnaît par le tanwīn, l’article أل, ou une préposition avant lui
• C’est l’un des trois types de mots en arabe avec le verbe et la particule

  • Nahw

اِسْمُ آلَةٍ — Le nom d’instrument


Le ism al-āla c’est le nom qui désigne l’outil ou l’instrument avec lequel on fait l’action. C’est le « avec quoi » transformé en nom.

Par exemple, مِفْتَاحٌ (clé — l’outil pour ouvrir) de فَتَحَ, مِقَصٌّ (ciseaux — l’outil pour couper) de قَصَّ, مِنْشَارٌ (scie — l’outil pour scier) de نَشَرَ.

Ce qu’il faut retenir :
• Ism al-āla = l’outil de l’action
• Trois schèmes classiques : مِفْعَل، مِفْعَال، مِفْعَلَة
• On y a ajouté le schème moderne فَعَّالَة (ex : غَسَّالَة = machine à laver)

  • Sarf

اِسْمُ إِشَارَةٍ — Le démonstratif


Le ism al-ishāra c’est le mot avec lequel tu pointes vers quelque chose — celui-ci, celle-là, ceux-ci. C’est le démonstratif.

Quand tu dis هَذَا كِتَابٌ (ceci est un livre), « هَذَا » c’est un ism al-ishāra. Pour le féminin : هَذِهِ مَدْرَسَةٌ (ceci est une école).

Pour ce qui est loin, tu utilises ذَلِكَ (celui-là) et تِلْكَ (celle-là).

Ce qu’il faut retenir :
• Les ism al-ishāra sont mabnī (invariables)
• Proche : هَذَا، هَذِهِ، هَذَانِ، هَاتَانِ، هَؤُلَاءِ
• Loin : ذَلِكَ، تِلْكَ، أُولَئِكَ

  • Nahw

اِسْمُ تَفْضِيلٍ — Le comparatif / superlatif


Le ism al-tafḍīl c’est le mot qui exprime la supériorité ou la comparaison. C’est le « plus… » ou le « le plus… » en arabe.

Quand tu dis مُحَمَّدٌ أَكْبَرُ مِنْ عَلِيٍّ (Mohammed est plus grand qu’Ali), « أَكْبَرُ » c’est le ism al-tafḍīl. Et quand tu dis هُوَ الأَكْبَرُ (il est le plus grand), c’est le superlatif.

Le schème est toujours أَفْعَل pour le masculin et فُعْلَى pour le féminin : أَكْبَر / كُبْرَى, أَحْسَن / حُسْنَى.

Ce qu’il faut retenir :
• Schème : أَفْعَل (masc.) / فُعْلَى (fém.)
• Comparatif : أَفْعَلُ مِنْ (plus… que)
• Superlatif : avec أل ou en iḍāfa (الأَكْبَرُ / أَكْبَرُ الطُّلَّابِ)

  • Sarf

اِسْمُ زَمَانٍ — Le nom de temps


Le ism al-zamān c’est le nom qui indique le moment où l’action se passe. C’est le « quand » transformé en nom.

Par exemple, مَوْلِدٌ (moment de la naissance) de وَلَدَ, مَغْرِبٌ (moment du coucher du soleil) de غَرَبَ. C’est le moment où l’action a lieu.

Le ism al-zamān a exactement le même schème que le ism al-makān — c’est le contexte qui te dit si c’est un temps ou un lieu.

Ce qu’il faut retenir :
• Ism al-zamān = le moment de l’action
• Schèmes du trilitère : مَفْعَل ou مَفْعِل
• Même schème que le ism al-makān — c’est le contexte qui distingue

  • Sarf

اِسْمُ فَاعِلٍ — Le nom d’agent


Le ism al-fāʿil c’est le nom qui désigne celui qui fait l’action. C’est le dérivé qui donne le sens de « celui qui… ».

Quand tu dis كَاتِبٌ (un écrivain), c’est le ism al-fāʿil de كَتَبَ. C’est « celui qui écrit ». Pareil : عَالِمٌ (un savant) de عَلِمَ, طَالِبٌ (un étudiant) de طَلَبَ.

Pour le verbe trilitère mujarrad, le schème est toujours فَاعِل. Pour les verbes augmentés, on remplace la lettre du muḍāriʿ par un mīm et on met une kasra avant la dernière lettre.

Ce qu’il faut retenir :
• Ism al-fāʿil = celui qui fait l’action
• Schème du trilitère : فَاعِل
• Schème des augmentés : on prend le muḍāriʿ, on remplace la lettre du début par مُ et on met une kasra avant la fin

  • Sarf

اِسْمُ مَفْعُولٍ — Le nom de patient


Le ism al-mafʿūl c’est le nom qui désigne celui qui subit l’action. C’est le contraire du ism al-fāʿil — pas celui qui fait, mais celui sur qui ça tombe.

Quand tu dis مَكْتُوبٌ (écrit), c’est le ism al-mafʿūl de كَتَبَ. C’est « ce qui a été écrit ». Pareil : مَعْلُومٌ (connu) de عَلِمَ, مَفْتُوحٌ (ouvert) de فَتَحَ.

Pour le trilitère, le schème est toujours مَفْعُول. Pour les augmentés, on remplace la lettre du muḍāriʿ par un mīm et on met une fatḥa avant la dernière lettre.

Ce qu’il faut retenir :
• Ism al-mafʿūl = celui qui subit l’action
• Schème du trilitère : مَفْعُول
• Schème des augmentés : même principe que le ism al-fāʿil mais avec une fatḥa avant la fin au lieu d’une kasra

  • Sarf

اِسْمُ مَكَانٍ — Le nom de lieu


Le ism al-makān c’est le nom qui indique le lieu où l’action se passe. C’est le « où » transformé en nom.

Par exemple, مَكْتَبٌ (bureau — lieu où on écrit) de كَتَبَ, مَسْجِدٌ (mosquée — lieu où on se prosterne) de سَجَدَ, مَدْرَسَةٌ (école — lieu où on étudie) de دَرَسَ.

Tu les utilises tous les jours sans t’en rendre compte — presque tous les noms de lieux en arabe suivent ces schèmes.

Ce qu’il faut retenir :
• Ism al-makān = le lieu de l’action
• Schèmes du trilitère : مَفْعَل ou مَفْعِل
• Les augmentés utilisent le même schème que le ism al-mafʿūl augmenté

  • Sarf

اِسْمٌ مَوْصُولٌ — Le relatif


Le ism al-mawṣūl c’est le mot qui relie deux phrases — « celui qui », « ce que », « celle qui ». Il a besoin d’une phrase après lui pour compléter son sens (ṣila).

Quand tu dis جَاءَ الَّذِي نَجَحَ (celui qui a réussi est venu), « الَّذِي » c’est le ism al-mawṣūl, et « نَجَحَ » c’est sa ṣila — la phrase qui complète son sens.

Il change selon le genre et le nombre : الَّتِي (celle qui), اللَّذَانِ (les deux qui, masc.), الَّذِينَ (ceux qui), اللَّاتِي (celles qui).

Ce qu’il faut retenir :
• Le ism al-mawṣūl est mabnī (sauf au duel)
• Il a toujours besoin d’une ṣila (phrase relative) après lui
• La ṣila doit contenir un ʿāʾid (pronom de rappel) qui renvoie au mawṣūl

  • Nahw

اِقْتِبَاسٌ — L’emprunt


L’iqtibās c’est insérer des mots du Coran ou du Hadith dans ton discours sans dire que c’est une citation. Tu intègres ces mots dans ta propre phrase de façon naturelle.

Par exemple, un poète dit : لَا تَغُرَّنَّكَ مِنَ الظَّلَمَةِ كَثْرَتُهُمْ، فَإِنَّ لَهُمْ يَوْمًا يَصِيرُونَ فِيهِ كَعَصْفٍ مَأْكُولٍ. La fin « كَعَصْفٍ مَأْكُولٍ » est empruntée à la sourate al-Fīl — elle s’intègre dans son discours de façon fluide.

Ce qu’il faut retenir :
• Iqtibās = insérer des mots du Coran ou du Hadith dans son propre discours
• L’emprunt doit être naturel et fluide
• C’est un muḥassin lafẓī

  • Balagha

البُحُورُ الأُخْرَى — Les autres mètres


En plus des quatre mètres principaux, il y a 12 autres mètres qu’il faut connaître. Voici les plus importants avec leurs schémas :

المَدِيد (l’étendu) : فَاعِلَاتُنْ فَاعِلُنْ فَاعِلَاتُنْ
الرَّجَز (le tremblement) : مُسْتَفْعِلُنْ مُسْتَفْعِلُنْ مُسْتَفْعِلُنْ
الرَّمَل (le sable) : فَاعِلَاتُنْ فَاعِلَاتُنْ فَاعِلَاتُنْ
السَّرِيع (le rapide) : مُسْتَفْعِلُنْ مُسْتَفْعِلُنْ مَفْعُولَاتُ
الخَفِيف (le léger) : فَاعِلَاتُنْ مُسْتَفْعِ لُنْ فَاعِلَاتُنْ
المُتَقَارِب (le rapproché) : فَعُولُنْ فَعُولُنْ فَعُولُنْ فَعُولُنْ
المُتَدَارِك (le rattrapé) : فَاعِلُنْ فَاعِلُنْ فَاعِلُنْ فَاعِلُنْ

Et les mètres plus rares : الهَزَج، المُنْسَرِح، المُجْتَثّ، المُقْتَضَب، المُضَارِع.

Ce qu’il faut retenir :
16 mètres au total — les 5 plus courants couvrent la majorité de la poésie
• Chaque mètre a un caractère : solennel, rapide, léger…
• Le rajaz est le mètre le plus simple et le plus utilisé pour l’apprentissage

  • ʿArūḍ

اِلْتِفَاتٌ — Le changement de perspective


L’iltifāt c’est quand le discours passe d’une personne grammaticale à une autre — du « il » au « tu », ou du « tu » au « nous » — sans raison apparente. Mais en balāgha, ce changement a toujours une raison profonde.

Par exemple dans le Coran : الحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ العَالَمِينَ… إِيَّاكَ نَعْبُدُ. On parle d’abord d’Allah à la 3ème personne (« لِلَّهِ »), puis on s’adresse directement à Lui (« إِيَّاكَ »). Ce passage du « il » au « Tu » crée un effet de proximité soudaine.

Ce qu’il faut retenir :
• Iltifāt = changement de personne grammaticale dans le discours
• Du « il » au « tu », du « tu » au « nous », etc.
• Chaque changement a un objectif rhétorique : proximité, mise en garde, emphase…

  • Balagha

الشِّعْرُ الحُرُّ — Le vers libre


Le shiʿr ḥurr c’est la révolution poétique la plus importante du XXe siècle arabe. En 1947, نَازِك المَلَائِكَة (Nāzik al-Malāʾika) et بَدْر شَاكِر السَّيَّاب (Badr Shākir al-Sayyāb) ont cassé la structure du bayt classique.

Au lieu de deux hémistiches symétriques, le vers libre utilise un seul pied qui se répète un nombre variable de fois par ligne. Le poète n’est plus prisonnier du bayt — il peut faire des lignes courtes ou longues selon l’émotion.

Attention : le shiʿr ḥurr arabe garde un mètre (il utilise les pieds du ʿarūḍ). Ce n’est pas du « vers libre » au sens occidental — c’est plus précis. مَحْمُود دَرْوِيش (Maḥmūd Darwīsh) est devenu le plus grand poète de cette forme.

Ce qu’il faut retenir :
• Shiʿr ḥurr = vers libre arabe (à partir de 1947)
• Pionniers : Nāzik al-Malāʾika et al-Sayyāb
• Il garde le mètre mais libère la structure du bayt

  • Adab

العَصْرُ الأُمَوِيُّ — L’époque omeyyade


L’époque omeyyade (661-750) c’est le retour en force de la poésie arabe après l’Islam. Les Omeyyades ont encouragé la poésie — leur cour était remplie de poètes, et les joutes poétiques ont repris de plus belle.

C’est l’époque des نَقَائِض (naqāʾiḍ) — les joutes poétiques entre جَرِير (Jarīr), الفَرَزْدَق (al-Farazdaq) et الأَخْطَل (al-Akhṭal). Trois géants qui se sont affrontés pendant des décennies en hijāʾ et madḥ.

C’est aussi l’âge d’or du ghazal avec deux écoles : le ghazal ʿudhrī (chaste) au Hijāz avec مَجْنُون لَيْلَى et جَمِيل بُثَيْنَة, et le ghazal ṣarīḥ (explicite) à La Mecque avec عُمَر بن أبي رَبِيعَة.

Ce qu’il faut retenir :
• Période : 661-750
• Retour en force de la poésie : naqāʾiḍ et ghazal
• La poésie devient un instrument politique au service du pouvoir

  • Adab

العَصْرُ الجَاهِلِيُّ — L’époque préislamique


L’époque jāhilī c’est la période qui précède l’Islam — environ 150 ans avant la révélation. Le mot « jāhiliyya » ne veut pas dire « ignorance » au sens d’analphabétisme — ça veut dire l’absence de la guidance divine. Car les Arabes de cette époque étaient tout sauf ignorants en matière de langue.

C’est l’âge d’or de la poésie orale. Les Arabes n’écrivaient presque rien — tout se transmettait par la mémoire. Un poète pouvait détruire la réputation d’une tribu ou lui donner la gloire pour des générations. Le poète était le porte-parole, le journaliste et le défenseur de sa tribu.

Les thèmes principaux : le désert, la femme aimée, le cheval, la tribu, le courage, la générosité. Le marché de عُكَاظ (ʿUkāẓ) était le grand festival annuel où les poètes se mesuraient.

Ce qu’il faut retenir :
• Environ 150 ans avant l’Islam
• Littérature essentiellement orale et poétique
• Le poète est le héros médiatique de sa tribu

  • Adab

العَصْرُ العَبَّاسِيُّ — L’époque abbasside


L’époque abbasside (750-1258) c’est l’explosion de la prose arabe et la révolution de la poésie. Avec le déplacement du pouvoir à Bagdad et le mélange des cultures (persane, grecque, indienne), la littérature arabe s’est transformée en profondeur.

C’est l’époque de المُتَنَبِّي (al-Mutanabbī), considéré par beaucoup comme le plus grand poète arabe de tous les temps. C’est aussi l’époque de أبو تَمَّام (Abū Tammām), البُحْتُرِي (al-Buḥturī) et أبو العَلَاء المَعَرِّي (Abū al-ʿAlāʾ al-Maʿarrī).

En prose, c’est une période féconde : le mouvement de traduction (les œuvres grecques), l’essor de la prose littéraire avec al-Jāḥiẓ, l’invention des maqāmāt, et la naissance de la critique littéraire comme science.

Ce qu’il faut retenir :
• Période : 750-1258 (chute de Bagdad)
• La poésie se renouvelle et la prose explose
• Croisement des cultures : arabe, persane, grecque, indienne

  • Adab

النَّقْدُ الأَدَبِيُّ — La critique littéraire


Le naqd al-adabī c’est la science qui analyse, évalue et compare les œuvres littéraires. Les Arabes ont développé une tradition critique extrêmement riche — bien avant les Européens.

Ça a commencé par des jugements spontanés (« ce vers est bon, celui-là est faible ») et c’est devenu une science avec des critères précis. Les grands critiques : ابن قُتَيْبَة (al-Shiʿr wa-l-shuʿarāʾ), قُدَامَة بن جَعْفَر (Naqd al-shiʿr), عَبْد القَاهِر الجُرْجَانِي (Dalāʾil al-iʿjāz et Asrār al-balāgha).

Al-Jurjānī a révolutionné la critique avec sa théorie du نَظْم (naẓm) — l’idée que la beauté d’un texte ne vient pas des mots individuels mais de la façon dont ils sont arrangés ensemble.

Ce qu’il faut retenir :
• Naqd adabī = critique et analyse des œuvres littéraires
• Née des débats sur la supériorité des poètes et de l’iʿjāz du Coran
• Concept clé : le naẓm (l’arrangement) d’al-Jurjānī

  • Adab

ب

بَحْرٌ — Le mètre poétique


Le baḥr c’est le mètre poétique — le schéma rythmique global qu’un poème doit suivre du début à la fin. Chaque baḥr est une combinaison fixe de pieds (tafʿīlāt) qui se répètent dans chaque vers.

Par exemple, le baḥr al-ṭawīl (le long) c’est : فَعُولُنْ مَفَاعِيلُنْ فَعُولُنْ مَفَاعِيلُنْ × 2. Ce schéma se répète dans chaque vers du poème.

Al-Khalīl a identifié 15 mètres, et son élève al-Akhfash en a ajouté un 16ème (al-mutadārik). Certains sont très courants (ṭawīl, kāmil, basīṭ), d’autres plus rares.

Ce qu’il faut retenir :
• Baḥr = le mètre, le schéma rythmique du poème
16 mètres au total
• Les plus utilisés : ṭawīl, kāmil, basīṭ, wāfir, mutaqārib

  • ʿArūḍ

بَحْرُ البَسِيطِ — Le mètre simple


Le basīṭ c’est un mètre qui alterne entre deux types de pieds, ce qui lui donne un rythme régulier et équilibré. On l’appelle « simple » parce que ses pieds sont « étalés » de façon claire.

Son schéma : مُسْتَفْعِلُنْ فَاعِلُنْ مُسْتَفْعِلُنْ فَاعِلُنْ. L’alternance entre مُسْتَفْعِلُنْ et فَاعِلُنْ crée un balancement régulier — c’est un rythme qui convient très bien aux poèmes de sagesse et de méditation.

Ce qu’il faut retenir :
• Schéma : مُسْتَفْعِلُنْ فَاعِلُنْ مُسْتَفْعِلُنْ فَاعِلُنْ
• Rythme équilibré et régulier
• Le 3ème mètre le plus utilisé en poésie classique

  • ʿArūḍ

بَحْرُ الطَّوِيلِ — Le mètre long


Le ṭawīl c’est le mètre le plus noble et le plus utilisé en poésie classique arabe. La majorité des grandes qaṣīda sont en ṭawīl — y compris les Muʿallaqāt.

Son schéma : فَعُولُنْ مَفَاعِيلُنْ فَعُولُنْ مَفَاعِيلُنْ — répété dans chaque hémistiche. C’est un rythme ample, majestueux, qui convient aux grandes émotions et aux récits épiques.

Ce qu’il faut retenir :
• Schéma : فَعُولُنْ مَفَاعِيلُنْ فَعُولُنْ مَفَاعِيلُنْ
• Le mètre le plus fréquent en poésie classique
• Rythme ample et solennel

  • ʿArūḍ

بَحْرُ الوَافِرِ — Le mètre abondant


Le wāfir c’est un mètre au rythme riche et chantant. On l’appelle « abondant » parce qu’il est rempli de voyelles — ses pieds contiennent beaucoup de syllabes mobiles (mutaḥarrik).

Son schéma : مُفَاعَلَتُنْ مُفَاعَلَتُنْ مُفَاعَلَتُنْ. En pratique, le dernier pied est souvent modifié en فَعُولُنْ. C’est un mètre qui porte bien les émotions fortes.

Ce qu’il faut retenir :
• Schéma : مُفَاعَلَتُنْ مُفَاعَلَتُنْ مُفَاعَلَتُنْ
• Rythme abondant en voyelles
• Très utilisé pour les poèmes émotionnels et guerriers

  • ʿArūḍ

بَدَلٌ — Le substitut


Le badal c’est un mot qui remplace ou précise le mot qui le précède, sans particule entre eux. C’est comme si le premier mot était une introduction et le badal était la vraie information.

Quand tu dis رَأَيْتُ مُحَمَّدًا أَخَاكَ (j’ai vu Mohammed, ton frère), « أَخَاكَ » est un badal de « مُحَمَّدًا ». Il précise de quel Mohammed on parle.

Autre type courant : أَكَلْتُ الرَّغِيفَ ثُلُثَهُ (j’ai mangé le pain, un tiers de celui-ci). « ثُلُثَهُ » est un badal de partie (baʿḍ min kull).

Ce qu’il faut retenir :
• Le badal prend le même cas que le mot qu’il remplace (mubdal minhu)
• C’est l’un des quatre tawābiʿ (suivants)
• Types principaux : badal kull min kull (total), badal baʿḍ min kull (partiel), badal ishtimāl (inclusion)

  • Nahw

بَلَاغَةٌ — La rhétorique


La balāgha c’est l’art de bien parler et de toucher l’auditeur avec les mots justes. C’est quand ton discours arrive exactement là où il doit arriver — ni trop, ni trop peu — et qu’il correspond parfaitement à la situation.

En arabe, dire la même chose de dix façons différentes c’est possible — mais la balāgha c’est savoir quelle façon est la meilleure à ce moment-là, pour cette personne-là, dans ce contexte-là.

Elle se divise en trois grandes sciences : عِلْم المَعَانِي (la sémantique), عِلْم البَيَان (l’imagerie) et عِلْم البَدِيع (l’embellissement).

Ce qu’il faut retenir :
• La balāgha = dire ce qu’il faut, comme il faut, à qui il faut
• Trois branches : maʿānī (sens), bayān (images), badīʿ (embellissement)
• C’est la science qui te fait passer de « parler arabe » à « bien parler arabe »

  • Balagha

بِنَاءٌ — L’invariabilité


Le bināʾ c’est le contraire de l’iʿrāb : c’est quand la fin d’un mot ne change jamais, quelle que soit sa fonction dans la phrase.

Par exemple, هَذَا (celui-ci) reste toujours pareil, que ce soit sujet ou complément. Pareil pour الَّذِي (celui qui) ou les pronoms comme أَنْتَ (toi). Ce sont des mots mabnī — invariables.

En arabe, le verbe passé et l’impératif sont toujours mabnī. Le verbe présent est muʿrab sauf dans certains cas.

Ce qu’il faut retenir :
• Mabnī = la fin du mot ne change pas
• Les pronoms, les démonstratifs, les relatifs sont mabnī
• Le verbe passé et l’impératif sont toujours mabnī

  • Nahw

بَيْتٌ — Le vers


Le bayt, c’est l’unité de base de la poésie arabe — un vers complet.
Chaque bayt est composé de deux hémistiches :
le premier s’appelle ṣadr et le deuxième ʿajuz.

Un hémistiche est la moitié d’un vers :
c’est une demi-ligne poétique qui porte une partie du sens et du rythme,
mais qui n’est complète qu’avec l’autre moitié.

Par exemple, le célèbre vers d’Imruʾ al-Qays :
قِفَا نَبْكِ مِنْ ذِكْرَى حَبِيبٍ وَمَنْزِلِ (ṣadr)
بِسِقْطِ اللِّوَى بَيْنَ الدَّخُولِ فَحَوْمَلِ (ʿajuz)

Le bayt est une unité de sens et de rythme :
il doit être complet des deux côtés.
Un poème (qaṣīda) est une suite de abyāt qui partagent le même mètre et la même rime.

Ce qu’il faut retenir :
Bayt = un vers complet
Hémistiche = la moitié d’un vers (demi-ligne poétique)
• Premier hémistiche : ṣadr / Deuxième : ʿajuz
• Tous les abyāt d’un poème partagent le même mètre et la même rime

  • ʿArūḍ

ت

تَاءٌ مَرْبُوطَةٌ — Le tāʾ lié


Le tāʾ marbūṭa c’est la lettre ة qui se prononce « a » quand tu t’arrêtes sur elle, et « t » quand tu enchaînes. Elle ressemble à un hāʾ avec deux points dessus.

Par exemple, مَدْرَسَة (école) — si tu t’arrêtes, tu dis « madrasa ». Si tu enchaînes : « madrasatu-l-ʿulūm ». C’est cette flexibilité qui la distingue du tāʾ maftūḥa.

On la confond souvent avec le hāʾ (ه) — mais la différence c’est les deux points. مَدْرَسَة (école) ≠ وَجْه (visage). Le premier se termine par ة, le second par ه.

Ce qu’il faut retenir :
• Tāʾ marbūṭa = ة — se prononce « a » en pause, « t » en liaison
• On la trouve dans les noms féminins, les pluriels brisés, et les nisba féminines
• Astuce : si en ajoutant un tanwīn tu entends un « t », c’est un ة. Sinon c’est un ه

  • Imla'

تَاءٌ مَفْتُوحَةٌ — Le tāʾ ouvert


Le tāʾ maftūḥa c’est le tāʾ normal (ت) qui se prononce toujours « t », que tu t’arrêtes ou que tu enchaînes. Contrairement au tāʾ marbūṭa, il ne se transforme jamais en « a ».

Par exemple, بَيْت (maison) — que tu t’arrêtes (« bayt ») ou que tu enchaînes (« baytu-l-ʿilm »), le « t » est toujours là. C’est un tāʾ maftūḥa.

On le trouve aussi à la fin des verbes : كَتَبْتُ (j’ai écrit), ذَهَبَتْ (elle est allée). Et dans les pluriels féminins réguliers : مُعَلِّمَات (enseignantes).

Ce qu’il faut retenir :
• Tāʾ maftūḥa = ت — se prononce toujours « t »
• On le trouve dans les verbes, les pluriels en ـات, les mots qui finissent par un tāʾ d’origine
• Astuce : si tu t’arrêtes et que tu entends encore « t », c’est un ت

  • Imla'

تَثْنِيَةٌ — Le duel


La tathniya c’est la forme du mot quand il désigne exactement deux. C’est une particularité de l’arabe — en français on n’a pas ça, on passe directement du singulier au pluriel.

Pour former le duel, on ajoute ـَانِ au cas marfūʿ et ـَيْنِ au cas manṣūb/majrūr. Par exemple : كِتَابٌ (un livre) → كِتَابَانِ (deux livres, marfūʿ) → كِتَابَيْنِ (deux livres, manṣūb/majrūr).

Ce qu’il faut retenir :
• Le duel désigne exactement deux
• Marfūʿ : ـَانِ / Manṣūb et Majrūr : ـَيْنِ
• Le nūn du duel tombe en cas d’iḍāfa : كِتَابَا الطَّالِبِ (les deux livres de l’étudiant)

  • Sarf

تَصْرِيفٌ — La morphologie


Le taṣrīf c’est la science qui étudie la structure interne des mots arabes — comment ils sont construits, comment ils changent de forme, et comment on passe d’une racine à des dizaines de mots différents.

Par exemple, à partir de la racine ك ت ب (écrire), le taṣrīf te permet de comprendre comment on arrive à كَتَبَ (il a écrit), كِتَابٌ (un livre), كَاتِبٌ (un écrivain), مَكْتُوبٌ (écrit), مَكْتَبَةٌ (bibliothèque).

Si le naḥw te dit comment les mots fonctionnent entre eux dans la phrase, le taṣrīf te dit comment chaque mot fonctionne de l’intérieur.

Ce qu’il faut retenir :
• Le taṣrīf étudie la forme interne des mots
• Il part d’une racine (souvent 3 lettres) pour générer des mots
• Il couvre la conjugaison, les schèmes, les dérivations et les modifications de lettres

  • Sarf

تَصْغِيرٌ — Le diminutif


Le taṣghīr c’est la transformation d’un nom pour exprimer la petitesse, l’affection ou le mépris. C’est comme quand en français on dit « un petit livre » — sauf qu’en arabe on change la forme du mot lui-même.

Par exemple, كِتَابٌ (livre) devient كُتَيِّبٌ (petit livre / livret). رَجُلٌ (homme) devient رُجَيْلٌ (petit homme). كَلْبٌ (chien) devient كُلَيْبٌ (petit chien).

Ce qu’il faut retenir :
• Le diminutif suit trois schèmes : فُعَيْل، فُعَيْعِل، فُعَيْعِيل
• Il peut exprimer la petitesse, l’affection ou le mépris
• On met une ḍamma au début, une fatḥa sur la 2ème lettre, et un yāʾ sākin après

  • Sarf

تَعْرِيضٌ — L’allusion indirecte


Le taʿrīḍ c’est dire quelque chose en visant autre chose — sans que le sens voulu soit dans les mots eux-mêmes. C’est une allusion où le vrai message est dans le contexte, pas dans le texte.

Par exemple, tu es chez quelqu’un et tu dis : مَا أَجْمَلَ الكَرَمَ (que la générosité est belle !). Tu ne demandes rien directement — mais le message est clair : tu aimerais qu’il soit généreux avec toi.

La différence avec la kināya ? La kināya se comprend à partir des mots eux-mêmes. Le taʿrīḍ se comprend à partir du contexte — les mots seuls ne suffisent pas.

Ce qu’il faut retenir :
• Taʿrīḍ = le vrai message est dans le contexte, pas dans les mots
• Plus indirect que la kināya
• Souvent utilisé pour demander poliment, critiquer subtilement ou faire une allusion

  • Balagha

تَعْلِيلٌ — La justification


Le taʿlīl c’est le fait de donner une raison explicative à une règle grammaticale. Les grammairiens arabes ne se contentaient jamais de dire « c’est comme ça » — ils voulaient toujours dire pourquoi.

Par exemple, pourquoi l’adjectif (نَعْت) suit-il le nom en genre, nombre et définition ? Le taʿlīl : parce que l’adjectif est un tābiʿ (suiveur) — sa nature même c’est de suivre ce qui le précède. Il n’a pas d’identité propre.

Certains savants, comme ابن مَضَاء, ont critiqué l’excès de taʿlīl — ils trouvaient que les grammairiens inventaient des raisons philosophiques inutiles alors que la vraie raison c’est simplement : « les Arabes parlaient comme ça ».

Ce qu’il faut retenir :
• Taʿlīl = expliquer pourquoi une règle est ainsi
• Les grammairiens arabes cherchaient toujours la raison profonde
• Ibn Maḍāʾ a critiqué l’excès de taʿlīl

  • Uṣūl an-naḥw

التَّفْعِيلَاتُ العَشْرُ — Les 10 pieds


Les dix pieds c’est l’alphabet du ʿarūḍ. Tous les mètres arabes sont construits à partir de ces dix pieds — il n’y en a pas d’autres. Les connaître, c’est pouvoir scanner n’importe quel vers.

Les voici :
فَعُولُنْمَفَاعِيلُنْمُفَاعَلَتُنْفَاعِلَاتُنْفَاعِلُنْ
مُسْتَفْعِلُنْمَفْعُولَاتُمُتَفَاعِلُنْفَعِلُنْمُسْتَفْعِ لُنْ

Les cinq premiers sont basés sur un watid au début. Les cinq derniers sur un sabab au début. Cette distinction est importante pour comprendre les modifications possibles (zihāfāt et ʿilal).

Ce qu’il faut retenir :
10 pieds = la base de tout le système prosodique
• 5 commencent par un watid, 5 par un sabab
• Moyen mnémotechnique : لَمْ أَرَ عَلَى ظَهْرِ جَبَلٍ سَمَكَةً

  • ʿArūḍ

تَقْدِيرٌ — L’estimation


Le taqdīr c’est le fait de supposer l’existence d’un élément invisible dans la phrase. Quand un mot ou un ʿāmil est absent mais que la logique grammaticale l’exige, les grammairiens disent qu’il est « muqaddar » — estimé, présent en théorie mais pas à l’écrit.

Par exemple, quand tu dis زَيْدًا رَأَيْتُهُ (Zayd, je l’ai vu), le mot « زَيْدًا » est manṣūb. Mais par quoi ? Le verbe est après, pas avant. Les grammairiens disent qu’il y a un verbe muqaddar (estimé) avant : « رَأَيْتُ زَيْدًا رَأَيْتُهُ ».

Le taqdīr est aussi utilisé pour les voyelles invisibles : dans الفَتَى, la ḍamma du rafʿ est « muqaddara » sur le alif — elle est là théoriquement mais on ne peut pas la prononcer.

Ce qu’il faut retenir :
• Taqdīr = supposer un élément invisible mais nécessaire
• S’applique aux mots supprimés et aux voyelles cachées
• Outil très utilisé pour maintenir la cohérence du système grammatical

  • Uṣūl an-naḥw

تَقْدِيمٌ وَتَأْخِيرٌ — L’avancement et le retardement


Le taqdīm wa-taʾkhīr c’est le fait de changer l’ordre des mots dans la phrase pour donner un sens supplémentaire. En arabe, l’ordre des mots n’est pas fixe — et chaque changement d’ordre a une raison.

Par exemple, قَرَأْتُ الكِتَابَ (j’ai lu le livre) c’est l’ordre normal. Mais si tu dis الكِتَابَ قَرَأْتُ (c’est le livre que j’ai lu), tu as avancé le complément pour insister dessus — c’est le livre, pas autre chose.

Chaque fois qu’un mot est avancé, c’est pour une raison : insistance, mise en valeur, restriction, ou simplement pour adapter le discours au contexte.

Ce qu’il faut retenir :
• Changer l’ordre des mots = changer le message
• Avancer un mot sert à l’insister, le mettre en valeur ou le restreindre
• C’est un des outils les plus puissants du ʿilm al-maʿānī

  • Balagha

تَقْسِيمٌ — La division


Le taqsīm c’est quand tu divises un sujet en parties et tu attribues à chaque partie ce qui lui convient. C’est un procédé d’organisation élégante du discours.

Par exemple : فَأَمَّا مَنْ أَعْطَى وَاتَّقَى… وَأَمَّا مَنْ بَخِلَ وَاسْتَغْنَى…. Le verset divise les gens en deux groupes et donne à chacun son sort. C’est clair, structuré et puissant.

Ce qu’il faut retenir :
• Taqsīm = diviser et attribuer à chaque partie ce qui lui revient
• Donne un effet de clarté et d’exhaustivité
• C’est un muḥassin maʿnawī

  • Balagha

تَمْيِيزٌ — Le spécificatif


Le tamyīz c’est le mot qui lève une ambiguïté en précisant de quoi on parle exactement. Il clarifie quelque chose de vague.

Quand tu dis عِنْدِي عِشْرُونَ كِتَابًا (j’ai vingt livres), « كِتَابًا » c’est le tamyīz. « Vingt » tout seul c’est vague — vingt quoi ? Le tamyīz précise : des livres.

Autre exemple : طَابَ مُحَمَّدٌ نَفْسًا (Mohammed est bon d’âme). « نَفْسًا » précise en quoi il est bon — c’est aussi un tamyīz.

Ce qu’il faut retenir :
• Le tamyīz est toujours manṣūb et indéterminé (nakira)
• Deux types : tamyīz al-dhāt (après un nombre, une mesure) et tamyīz al-nisba (après une phrase)
• Il lève une ambiguïté et précise le sens

  • Nahw

تَنْوِينٌ — Le tanwīn


Le tanwīn c’est le doublement de la voyelle finale d’un nom indéterminé. C’est le « n » qu’on entend à la fin des mots comme كِتَابٌ (kitābun), كِتَابًا (kitāban), كِتَابٍ (kitābin).

Quand tu vois ـٌ ـً ـٍ, c’est le tanwīn. Il indique que le mot est indéterminé (sans أل). Dès que tu ajoutes l’article, le tanwīn disparaît : كِتَابٌالكِتَابُ.

À l’écrit, le tanwīn fatḥa (ـًا) s’accompagne d’un alif — sauf dans les exceptions vues plus haut (ة، ى، اء).

Ce qu’il faut retenir :
• Tanwīn = un « n » ajouté à la fin d’un nom indéterminé
• Trois formes : ـٌ (ḍamma), ـً (fatḥa), ـٍ (kasra)
• Il disparaît avec l’article أل et en cas d’iḍāfa

  • Imla'

تَوْرِيَةٌ — Le double sens


La tawriya c’est utiliser un mot qui a deux sens — un sens proche (évident) et un sens lointain (caché) — et tu vises le sens lointain tout en laissant croire que c’est le sens proche.

Par exemple, un poète dit à propos de quelqu’un de radin : لَهُ يَدٌ لَا أُرِيدُ ذِكْرَهَا (il a une main dont je ne veux pas parler). « يَد » peut signifier la main (sens proche) ou la générosité (sens lointain). Le poète fait croire qu’il est poli — en réalité, il dit qu’il n’a pas de générosité à mentionner.

Ce qu’il faut retenir :
• Tawriya = un mot à deux sens, le vrai sens est le plus lointain
• Le sens proche détourne l’attention du vrai message
• C’est un muḥassin maʿnawī très apprécié en littérature

  • Balagha

تَوْكِيدٌ — L’emphase


Le tawkīd c’est quand tu insistes sur un mot en le répétant ou en ajoutant un mot d’emphase. C’est pour renforcer le sens et enlever tout doute.

Quand tu dis جَاءَ الطُّلَّابُ كُلُّهُمْ (les étudiants sont venus, tous), « كُلُّهُمْ » c’est un tawkīd. Tu insistes sur le fait que c’est la totalité.

Il y a deux types : le tawkīd lafẓī (tu répètes le mot) comme جَاءَ جَاءَ, et le tawkīd maʿnawī (tu ajoutes un mot d’emphase) comme كُلّ، نَفْس، عَيْن.

Ce qu’il faut retenir :
• Le tawkīd prend le même cas que le mot qu’il renforce
• Deux types : lafẓī (répétition) et maʿnawī (mot d’emphase)
• Mots d’emphase : كُلّ، جَمِيع، نَفْس، عَيْن، كِلَا، كِلْتَا

  • Nahw

ج

جَارٌّ وَمَجْرُورٌ — Le groupe prépositionnel


Le jārr wa-l-majrūr c’est l’ensemble formé par une préposition et le nom qui la suit. La préposition « tire » le nom vers le cas majrūr.

Quand tu dis ذَهَبْتُ إِلَى المَسْجِدِ (je suis allé à la mosquée), « إِلَى المَسْجِدِ » c’est le jārr wa-l-majrūr. « إِلَى » est le jārr (la préposition), et « المَسْجِدِ » est le majrūr (le nom au cas indirect).

L’ensemble jārr wa-l-majrūr a souvent une fonction dans la phrase : il peut être khabar, ḥāl, ṣifa, ou mutaʿalliq bi-l-fiʿl.

Ce qu’il faut retenir :
• Le nom après la préposition est toujours majrūr
• Les prépositions les plus courantes : مِنْ، إِلَى، عَنْ، عَلَى، فِي، بِ، لِ، كَ
• Le jārr wa-l-majrūr est toujours rattaché à un verbe ou un sens verbal

  • Nahw

جِذْرٌ / أَصْلٌ — La racine


La racine c’est le noyau du mot arabe — les lettres de base dont tout le reste découle. En arabe, la majorité des mots sont construits sur une racine de trois lettres.

Par exemple, عَلِمَ (savoir), عِلْمٌ (science), عَالِمٌ (savant), مَعْلُومٌ (connu), تَعْلِيمٌ (enseignement) — tous ces mots partagent la même racine : ع ل م.

Comprendre les racines, c’est la clé pour deviner le sens des mots que tu n’as jamais vus. Si tu connais la racine, tu peux souvent deviner le sens.

Ce qu’il faut retenir :
• La majorité des racines arabes ont 3 lettres (thulāthī), certaines en ont 4 (rubāʿī)
• La racine porte le sens de base du mot
• C’est à partir de la racine qu’on applique les schèmes (awzān) pour créer des mots

  • Sarf

جَمْعٌ — Le pluriel


Le jamʿ c’est la forme du mot quand il désigne trois ou plus. En arabe, il y a trois grands types de pluriel — et c’est l’une des parties les plus riches (et les plus difficiles) du sarf.

Il y a le pluriel masculin régulier (مُعَلِّمُونَ — enseignants), le pluriel féminin régulier (مُعَلِّمَاتٌ — enseignantes), et le pluriel irrégulier (كُتُبٌ — livres, de كِتَابٌ). Le pluriel irrégulier change la structure interne du mot.

Le plus redoutable c’est le jamʿ taksīr (pluriel brisé / irrégulier) — il a des dizaines de schèmes et il faut les apprendre. C’est un passage obligé en sarf.

Ce qu’il faut retenir :
• Trois types : jamʿ mudhakkar sālim (masc. régulier), jamʿ muʾannath sālim (fém. régulier), jamʿ taksīr (irrégulier)
• Le pluriel régulier ajoute un suffixe (ون / ات)
• Le pluriel irrégulier change la structure du mot et suit de nombreux schèmes

  • Sarf

جِنَاسٌ — La paronymie


Le jināṣ c’est quand deux mots se ressemblent dans la prononciation mais diffèrent dans le sens. C’est un jeu de mots sonore — les mots sonnent pareil mais veulent dire autre chose.

Par exemple : وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ يُقْسِمُ المُجْرِمُونَ مَا لَبِثُوا غَيْرَ سَاعَةٍ. Le mot « سَاعَة » apparaît deux fois — la première signifie « l’Heure » (le Jour du Jugement) et la deuxième signifie « une heure » (un moment). Même mot, deux sens.

Il y a le jināṣ tāmm (les deux mots sont identiques en lettres) et le jināṣ nāqiṣ (ils diffèrent par une lettre, une voyelle ou l’ordre).

Ce qu’il faut retenir :
• Jināṣ = même son, sens différent
Tāmm : lettres identiques / Nāqiṣ : une différence
• C’est un muḥassin lafẓī (embellissement de forme)

  • Balagha

ح

حَالٌ — L’état


Le ḥāl c’est le mot qui décrit l’état du sujet ou du complément au moment de l’action. Il répond à la question : « dans quel état ? ».

Quand tu dis جَاءَ الطَّالِبُ مُبْتَسِمًا (l’étudiant est venu en souriant), « مُبْتَسِمًا » c’est le ḥāl. Dans quel état l’étudiant est venu ? En souriant.

Le ḥāl décrit un état temporaire, pas permanent. C’est une photo de l’instant, pas une caractéristique fixe.

Ce qu’il faut retenir :
• Le ḥāl est toujours manṣūb et indéterminé (nakira)
• Son « propriétaire » (ṣāḥib al-ḥāl) est toujours déterminé (maʿrifa)
• Il répond à la question كَيْفَ؟ (comment / dans quel état ?)

  • Nahw

حَدٌّ — La définition


Le ḥadd c’est la définition précise d’un concept grammatical. Les grammairiens passaient un temps énorme à définir chaque terme — parce qu’une mauvaise définition mène à de mauvaises règles.

Par exemple, la définition du nom (ism) a fait couler beaucoup d’encre. Sībawayhi le définit par des signes : il accepte l’article, le tanwīn, la préposition. D’autres le définissent par son sens : « ce qui désigne un sens en lui-même sans temps ». Chaque définition a ses forces et ses faiblesses.

Une bonne définition doit être jāmiʿa (elle inclut tout ce qui fait partie du concept) et māniʿa (elle exclut tout ce qui n’en fait pas partie).

Ce qu’il faut retenir :
• Ḥadd = définition précise d’un terme grammatical
• Doit être jāmiʿa (inclusive) et māniʿa (exclusive)
• Les divergences sur les définitions expliquent beaucoup de divergences sur les règles

  • Uṣūl an-naḥw

حَرْفٌ — La particule


Le ḥarf c’est un mot qui n’a de sens que quand il est accompagné d’un autre mot. Tout seul, il ne veut rien dire.

Par exemple, فِي (dans) tout seul ça ne veut rien dire. Mais quand tu dis فِي البَيْتِ (dans la maison), là ça prend du sens. Pareil pour مِنْ (de), إِلَى (vers), عَلَى (sur).

Comment le reconnaître ? C’est simple : un ḥarf n’accepte ni le tanwīn, ni أل, ni les marques du verbe. Si un mot ne rentre ni dans la catégorie du ism ni dans celle du fiʿl, c’est un ḥarf.

Ce qu’il faut retenir :
• Le ḥarf n’a de sens qu’avec un autre mot
• Il n’accepte aucune marque du ism ni du fiʿl
• Exemples : فِي، مِنْ، إِلَى، عَلَى، إِنَّ، لَمْ

  • Nahw

حُسْنُ التَّعْلِيلِ — La belle justification


Le ḥusn al-taʿlīl c’est quand tu inventes une cause poétique et belle pour un phénomène, à la place de la cause réelle. Tu sais que ce n’est pas la vraie raison — mais c’est tellement beau que ça passe.

Par exemple, un poète dit en parlant d’une fleur : مَا بَكَتِ السَّمَاءُ إِلَّا لِفِرَاقِهَا (le ciel n’a pleuré que pour la perte de cette fleur). La vraie cause de la pluie ? Les nuages. Mais le poète dit que c’est le ciel qui pleure la fleur — c’est plus beau.

Ce qu’il faut retenir :
• Ḥusn al-taʿlīl = remplacer la vraie cause par une cause poétique
• La fausse cause doit être belle et cohérente
• C’est un muḥassin maʿnawī

  • Balagha

حَقِيقَةٌ — Le sens propre


La ḥaqīqa c’est utiliser un mot dans son sens d’origine, celui pour lequel il a été créé. Pas de métaphore, pas d’image — juste le sens premier, direct.

Quand tu dis شَرِبْتُ المَاءَ (j’ai bu l’eau), le mot « شَرِبَ » est utilisé dans son sens propre — boire un liquide. Pas de double sens, pas de figure de style. C’est la ḥaqīqa.

En balāgha, tu as besoin de connaître la ḥaqīqa pour reconnaître le majāz. Si tu ne sais pas quel est le sens d’origine d’un mot, tu ne peux pas savoir quand il est utilisé au sens figuré.

Ce qu’il faut retenir :
• Ḥaqīqa = mot utilisé dans son sens d’origine
• C’est le contraire du majāz (sens figuré)
• Connaître la ḥaqīqa est indispensable pour reconnaître les figures de style

  • Balagha

خ

خَبَرٌ — L’énoncé informatif


En balāgha, le khabar c’est tout énoncé qui peut être vrai ou faux. C’est une phrase qui donne une information sur la réalité — on peut la vérifier.

Quand tu dis السَّمَاءُ صَافِيَةٌ (le ciel est dégagé), c’est un khabar. C’est soit vrai soit faux — tu peux lever les yeux et vérifier. Attention, ici le mot khabar n’a pas le même sens qu’en naḥw (prédicat).

Le khabar peut être renforcé si l’interlocuteur doute. Si il ne doute pas : الجَوُّ حَارٌّ. S’il doute un peu : إِنَّ الجَوَّ حَارٌّ. S’il refuse de croire : وَاللهِ إِنَّ الجَوَّ لَحَارٌّ.

Ce qu’il faut retenir :
• Khabar = énoncé qui peut être vrai ou faux
• Trois niveaux : ibtidāʾī (sans outil), ṭalabī (avec un outil), inkārī (avec deux outils ou plus)
• Le niveau d’insistance s’adapte au degré de doute de l’interlocuteur

  • Balagha

خَبَرٌ — Le prédicat


Le khabar c’est l’information qu’on donne sur le mubtadaʾ. C’est ce qu’on dit à propos du sujet.

Quand tu dis الطَّالِبُ مُجْتَهِدٌ (l’étudiant est assidu), « مُجْتَهِدٌ » c’est ton khabar. C’est l’information qu’on donne sur l’étudiant.

Le khabar peut être un mot simple (كَبِيرٌ — grand), une phrase verbale (يَدْرُسُ — il étudie), ou un groupe prépositionnel (فِي البَيْتِ — dans la maison).

Ce qu’il faut retenir :
• Le khabar est toujours marfūʿ (quand il est un mot simple)
• C’est l’information donnée sur le mubtadaʾ
• Il peut être un mot, une phrase ou un groupe prépositionnel

  • Nahw

خَطِيبٌ — L’orateur


Le khaṭīb c’est le maître du discours oral — celui qui prend la parole en public pour convaincre, mobiliser ou arbitrer. Si le poète travaille le vers, le khaṭīb travaille la prose parlée.

À l’époque jāhilī, le khaṭīb était aussi important que le poète. Chaque tribu avait ses deux champions : le shāʿir et le khaṭīb. Le khaṭīb intervenait dans les négociations, les conflits, les alliances. Son arme : la parole directe, sans mètre ni rime, mais avec une puissance rhétorique redoutable.

Le discours arabe classique (خُطْبَة) suivait une structure : louange à Allah, puis le sujet, puis une conclusion percutante. قُسّ بن سَاعِدَة est considéré comme le plus grand orateur préislamique.

Ce qu’il faut retenir :
• Khaṭīb = maître du discours en prose
• Aussi important que le poète dans la société arabe
• La khuṭba (discours) est un genre littéraire à part entière

  • Adab

خِلَافٌ نَحْوِيٌّ — La divergence grammaticale


Le khilāf naḥwī c’est le désaccord entre grammairiens sur une question. Et en grammaire arabe, il y a des centaines de points de divergence. Chaque école, chaque savant a ses positions.

Par exemple, le mot بِسْمِ اللهِ — quel est le ʿāmil du جَارّ ومَجْرُور ? Basra dit que c’est un verbe estimé (أَبْدَأُ). Koufa dit que c’est un nom estimé (ابْتِدَائِي). Même phrase, deux analyses différentes.

Le livre de référence sur les divergences c’est الإِنْصَاف فِي مَسَائِل الخِلَاف d’Ibn al-Anbārī — 121 questions où Basra et Koufa divergent, avec les arguments des deux côtés.

Ce qu’il faut retenir :
• Khilāf = divergence entre grammairiens
• Des centaines de points de désaccord entre les écoles
• Référence : al-Inṣāf d’Ibn al-Anbārī (121 questions)

  • Uṣūl an-naḥw

د

دِيوَانٌ — Le recueil


Le dīwān c’est le recueil de poèmes d’un poète. Chaque grand poète arabe a son dīwān — c’est l’œuvre complète de sa production poétique, compilée et organisée.

Le mot dīwān vient du persan et signifiait à l’origine « registre ». Les premiers dīwān ont été compilés à l’époque abbasside quand les savants ont commencé à rassembler et à fixer par écrit la poésie orale. Le دِيوَان الحَمَاسَة d’Abū Tammām est une anthologie célèbre qui rassemble les meilleurs vers de différents poètes.

On utilise aussi le mot « dīwān » au sens large pour désigner les Arabes eux-mêmes comme peuple de poésie : الشِّعْرُ دِيوَانُ العَرَبِ (la poésie est le registre des Arabes) — leur mémoire, leur histoire, leur identité.

Ce qu’il faut retenir :
• Dīwān = recueil de poèmes d’un poète
• « الشِّعْرُ دِيوَانُ العَرَبِ » = la poésie est la mémoire des Arabes
• Chaque grand poète a son dīwān — c’est son héritage littéraire

  • Adab

ر

الرِّسَالَةُ — L’épître


La risāla c’est la lettre littéraire — un genre de prose qui va bien au-delà de la simple correspondance. Les écrivains arabes ont transformé la lettre en un art à part entière.

Il y a les rasāʾil dīwāniyya (lettres officielles, administratives — un style codifié et solennel) et les rasāʾil ikhwāniyya (lettres personnelles — plus libres et plus intimes). عَبْد الحَمِيد الكَاتِب est considéré comme le fondateur de la prose épistolaire arabe élaborée.

Certaines risāla sont devenues des œuvres littéraires célèbres : رِسَالَة حَيّ بن يَقْظَان d’Ibn Ṭufayl.

Ce qu’il faut retenir :
• Risāla = lettre littéraire élevée au rang d’art
• Deux types : dīwāniyya (officielle) et ikhwāniyya (personnelle)
• Certaines risāla sont de véritables chefs-d’œuvre littéraires

  • Adab

الرِّوَايَةُ — Le roman


La riwāya c’est le genre littéraire le plus récent dans la tradition arabe — le roman. Le roman est arrivé avec la Nahḍa, par contact avec la littérature européenne.

C’est نَجِيب مَحْفُوظ (Najīb Maḥfūẓ) qui a porté le roman arabe au sommet — sa Trilogie du Caire est un monument, et il a reçu le prix Nobel de littérature en 1988.

Ce qu’il faut retenir :
• Le roman est un genre moderne dans la littérature arabe
Najīb Maḥfūẓ = premier (et seul) Nobel arabe de littérature (1988)
• Aujourd’hui le roman est le genre dominant dans le monde arabe

  • Adab

رَوِيٌّ — La lettre de rime


Le rawī c’est LA lettre autour de laquelle la rime est construite. C’est la consonne fixe qui revient à la fin de chaque vers. C’est elle qui donne son identité au poème.

Par exemple, dans la Muʿallaqa d’Imruʾ al-Qays, chaque vers se termine par « ـلِ ». Le rawī c’est le لام. On dit que c’est une qaṣīda lāmiyya (en lām). Pareil : un poème en bāʾ est une bāʾiyya, en nūn une nūniyya.

Ce qu’il faut retenir :
• Rawī = la consonne fixe de la rime, présente dans chaque vers
• Le poème est nommé d’après son rawī : lāmiyya, bāʾiyya, nūniyya…
• Toute lettre peut être rawī sauf quelques exceptions rares

  • ʿArūḍ

ز

زِحَافٌ — La modification légère


Le zihāf c’est un changement léger qui touche un sabab dans un pied. C’est une modification mineure — le pied change un peu mais reste reconnaissable. Le poète n’est pas obligé de le maintenir dans tout le poème.

Par exemple, dans le pied مُسْتَفْعِلُنْ, si tu enlèves le sīn (la deuxième lettre), tu obtiens مُتَفْعِلُنْ — c’est un zihāf appelé khabn. Le rythme change légèrement mais reste dans le même mètre.

Ce qu’il faut retenir :
• Zihāf = modification légère qui touche un sabab
• Il est optionnel — le poète peut l’utiliser dans un vers et pas dans un autre
• Types courants : khabn (suppression du 2ème sākin), ṭayy (suppression du 4ème sākin), qabd (suppression du 5ème sākin)

  • ʿArūḍ

س

سَجْعٌ — La prose rimée


Le sajʿ c’est quand les phrases se terminent par le même son. C’est de la prose qui rime — pas de la poésie avec un mètre, mais des phrases qui partagent une terminaison commune.

Par exemple : إِنَّ الأَبْرَارَ لَفِي نَعِيمٍ، وَإِنَّ الفُجَّارَ لَفِي جَحِيمٍ. Les deux phrases se terminent par « ـيم » — نَعِيم / جَحِيم. C’est un sajʿ. L’oreille accroche et le message s’imprime.

Ce qu’il faut retenir :
• Sajʿ = phrases qui se terminent par le même son
• Le bon sajʿ est naturel — il ne doit pas sembler forcé
• C’est un muḥassin lafẓī (embellissement de forme)

  • Balagha

السَّرِقَاتُ الشِّعْرِيَّةُ — Le plagiat poétique


Les sariqāt shiʿriyya c’est le débat sur les emprunts entre poètes — quand un poète reprend l’idée ou l’image d’un autre. C’est une obsession de la critique arabe classique.

Les critiques ont développé une classification très fine : il y a le sakh (copie pure — condamné), le naql (déplacement — l’idée est prise mais reformulée), et le ilmām (inspiration lointaine — accepté). Le plus beau cas c’est quand le « voleur » fait mieux que l’original — on appelle ça أَخْذٌ مَحْمُود.

Al-Mutanabbī a été le poète le plus accusé de sariqāt — et le plus défendu aussi. Des livres entiers ont été écrits pour prouver ou réfuter ses « vols ».

Ce qu’il faut retenir :
• Sariqāt = débat sur les emprunts entre poètes
• Échelle : du plagiat (condamné) à l’inspiration améliorée (louée)
• Un chapitre central de la critique littéraire arabe

  • Adab

سَمَاعٌ — La transmission orale


Le samāʿ c’est la première et la plus importante source de la grammaire arabe : ce qui a été entendu directement de la bouche des Arabes dont la langue est pure. C’est la matière première — le corpus réel sur lequel tout le naḥw est construit.

Le samāʿ inclut trois éléments : le القُرْآن الكَرِيم (le Coran — la source la plus haute), le الحَدِيث النَّبَوِيّ (le Hadith — avec des débats sur son utilisation), et le كَلَام العَرَب (la parole des Arabes — poésie et prose).

Pas n’importe quel arabe peut servir de source. Les grammairiens ont défini des limites temporelles et géographiques très strictes pour savoir de qui on peut prendre et de qui on ne peut pas.

Ce qu’il faut retenir :
• Samāʿ = ce qui a été entendu des Arabes de confiance
• Trois composantes : Coran, Hadith, parole des Arabes
• C’est la source numéro un — les autres sources en dépendent

  • Uṣūl an-naḥw

ش

شَاذٌّ — L’exception irrégulière


Le shādhdh c’est ce qui est attesté dans le samāʿ mais qui contredit la règle générale. C’est un cas réel, prononcé par des Arabes fiables, mais qui ne suit pas la norme. On le note, on le reconnaît, mais on ne construit pas de règle dessus.

La formule classique c’est : يُحْفَظُ وَلَا يُقَاسُ عَلَيْهِ (on le mémorise mais on ne fait pas d’analogie dessus). C’est-à-dire : oui, ça existe, mais c’est une exception — ne la généralise pas.

Par exemple, certains vers de poètes fiables contiennent des constructions qui violent les règles standard. Les grammairiens ne nient pas que le vers existe — mais ils refusent d’en faire une règle.

Ce qu’il faut retenir :
• Shādhdh = attesté mais irrégulier
• Règle : يُحْفَظُ وَلَا يُقَاسُ عَلَيْهِ (on note, on ne généralise pas)
• C’est le contraire du qiyāsī (régulier)

  • Uṣūl an-naḥw

شَاعِرٌ — Le poète


Le shāʿir dans la culture arabe c’est bien plus qu’un écrivain de vers. Le mot vient de شَعَرَ (ressentir, percevoir) — le poète c’est celui qui perçoit ce que les autres ne perçoivent pas.

À l’époque jāhilī, le poète était une figure importante. Le poète défendait sa tribu, immortalisait ses exploits, et humiliait ses ennemis.

Les poètes étaient classés en catégories : les فُحُول (les étalons — les plus grands), les مُجِيدُون (les bons), et les مُقِلُّون (les modestes). Les critiques littéraires débattaient pour savoir qui méritait quel rang.

Ce qu’il faut retenir :
• Shāʿir = « celui qui perçoit » — pas juste un versificateur
• Rôle social immense : défenseur, porte-parole, chroniqueur de la tribu
• Les critiques classaient les poètes en rangs (fuḥūl, mujīdūn…)

  • Adab

ص

الصُّعْلُوكُ — Le poète vagabond


Le ṣuʿlūk c’est le poète-brigand de l’époque préislamique — un homme rejeté par sa tribu (ou qui l’a quittée) et qui vit en marge, dans le désert, en comptant sur sa vitesse, son courage et sa ruse.

Mais le ṣuʿlūk n’est pas un simple bandit. Beaucoup de ṣaʿālīk pillaient les riches pour redistribuer aux pauvres et aux exclus. Leur poésie reflète cette vie de danger, de liberté et de révolte contre l’injustice tribale. C’est une poésie brute, intense, sans artifice.

Les plus célèbres sont عُرْوَة بن الوَرْد (ʿUrwa ibn al-Ward) — connu pour sa générosité envers les démunis —, تَأَبَّطَ شَرًّا (Taʾabbaṭa Sharran) et الشَّنْفَرَى (al-Shanfarā), auteur de la célèbre لَامِيَّة العَرَب.

Ce qu’il faut retenir :
• Ṣuʿlūk = poète-brigand vivant en marge de la tribu
• Poésie brute, marquée par la liberté, la révolte et la générosité
• Figures : ʿUrwa ibn al-Ward, Taʾabbaṭa Sharran, al-Shanfarā

  • Adab

صِيغَةُ مُبَالَغَةٍ — La forme d’intensité


La ṣīghat mubālagha c’est une forme dérivée qui intensifie le sens du ism al-fāʿil. Si le ism al-fāʿil dit « celui qui fait », la ṣīghat mubālagha dit « celui qui fait beaucoup, tout le temps, intensément ».

Par exemple, عَالِمٌ c’est un savant. Mais عَلَّامٌ c’est un très grand savant, quelqu’un qui sait énormément. كَذَّابٌ (grand menteur) de كَاذِبٌ (menteur), أَكُولٌ (gros mangeur) de آكِلٌ (mangeur).

Ce qu’il faut retenir :
• C’est un ism al-fāʿil intensifié
• Les schèmes les plus courants : فَعَّال، فَعُول، فَعِيل، مِفْعَال، فَعِل
• Elle ne se forme qu’à partir du verbe trilitère

  • Sarf

ض

ضَمِيرٌ — Le pronom


Le ḍamīr c’est le mot qui remplace un nom pour ne pas le répéter. C’est le pronom en arabe.

Quand tu dis مُحَمَّدٌ ذَهَبَ إِلَى المَدْرَسَةِ، هُوَ طَالِبٌ (Mohammed est allé à l’école, il est étudiant), « هُوَ » c’est un ḍamīr qui remplace « مُحَمَّدٌ ».

Il y a deux grands types : les pronoms apparents (bāriz) comme أَنَا، أَنْتَ، هُوَ, et les pronoms cachés (mustatir) qui sont sous-entendus dans le verbe.

Ce qu’il faut retenir :
• Le ḍamīr est toujours mabnī (invariable)
• Deux types : bāriz (apparent) et mustatir (caché)
• Les pronoms apparents peuvent être séparés (munfaṣil) ou attachés (muttaṣil)

  • Nahw

ط

طِبَاقٌ — L’antithèse


Le ṭibāq c’est rassembler deux mots de sens opposé dans la même phrase. Les contraires côte à côte créent un effet de force — chaque mot fait ressortir l’autre.

Par exemple : وَتَحْسَبُهُمْ أَيْقَاظًا وَهُمْ رُقُودٌ (tu les crois éveillés alors qu’ils dorment). « أَيْقَاظ » (éveillés) et « رُقُود » (endormis) — les deux opposés ensemble renforcent l’image.

Il y a le ṭibāq ījābī (les deux mots sont affirmatifs) et le ṭibāq salbī (un mot est affirmatif et l’autre est négatif, comme تَعْلَمُ / لَا تَعْلَمُ).

Ce qu’il faut retenir :
• Ṭibāq = deux opposés dans la même phrase
• Deux types : ījābī (affirmatif) et salbī (avec négation)
• C’est un muḥassin maʿnawī (embellissement de sens)

  • Balagha

ظ

ظَرْفٌ — Le complément circonstanciel


Le ẓarf c’est un mot qui indique le temps ou le lieu de l’action. On l’appelle ẓarf (récipient) parce qu’il « contient » l’action dans un moment ou un endroit.

Quand tu dis جِئْتُ صَبَاحًا (je suis venu le matin), « صَبَاحًا » c’est un ẓarf de temps. Et quand tu dis وَقَفْتُ أَمَامَ البَابِ (je me suis tenu devant la porte), « أَمَامَ » c’est un ẓarf de lieu.

Le ẓarf est en réalité un mafʿūl fīhi — il contient le sens de « فِي » (dans). « صَبَاحًا » veut dire « فِي الصَّبَاحِ ».

Ce qu’il faut retenir :
• Le ẓarf est toujours manṣūb
• Deux types : ẓarf zamān (temps) et ẓarf makān (lieu)
• Il est toujours rattaché à un verbe ou un sens verbal

  • Nahw

ع

عَامِلٌ — Le régissant


Le ʿāmil c’est le concept central de la grammaire arabe : l’élément qui « provoque » le changement de voyelle finale d’un mot. Si un nom est marfūʿ, c’est parce qu’un ʿāmil l’a rendu marfūʿ. Si un verbe est majzūm, c’est parce qu’un ʿāmil l’a rendu majzūm.

Par exemple, dans إِنَّ مُحَمَّدًا نَاجِحٌ, c’est إِنَّ qui est le ʿāmil — c’est elle qui a mis le ism en naṣb. Sans إِنَّ, le mot serait resté marfūʿ.

Toute la grammaire arabe classique repose sur cette théorie : chaque changement de voyelle a une cause (ʿāmil), et chaque ʿāmil a un effet (ʿamal). C’est le squelette du naḥw.

Ce qu’il faut retenir :
• ʿĀmil = l’élément qui provoque le changement de voyelle
• Concept central de la grammaire arabe classique
• Chaque iʿrāb a un ʿāmil qui l’explique

  • Uṣūl an-naḥw

عَرُوضٌ — La prosodie


Le ʿarūḍ c’est la science qui étudie les règles du rythme en poésie arabe. C’est elle qui te dit si un vers est correct ou cassé — si le poète a respecté le mètre ou pas.

C’est al-Khalīl ibn Aḥmad al-Farāhīdī qui l’a fondée. Il a écouté la poésie arabe, analysé ses rythmes, et en a tiré 16 mètres (buḥūr) qui couvrent toute la poésie classique. Chaque vers arabe suit obligatoirement l’un de ces mètres.

Si le sarf étudie la structure des mots et le naḥw la structure des phrases, le ʿarūḍ étudie la structure des vers de poèmes.

Ce qu’il faut retenir :
• ʿArūḍ = la science du rythme poétique arabe
• Fondée par al-Khalīl ibn Aḥmad
• Elle repose sur 16 mètres (buḥūr) qui régissent toute la poésie classique

  • ʿArūḍ

عَصْرُ الاِنْحِطَاطِ — L’époque dite « du déclin »


L’expression عَصْر الاِنْحِطَاط désigne la longue période qui va de la chute de Bagdad (1258) jusqu’au début du XIXe siècle. C’est un terme répandu dans les manuels, mais contesté par de nombreux chercheurs — certains lui préfèrent l’appellation عَصْر الدُّوَل المُتَتَابِعَة (l’époque des États successifs), qui est plus neutre et plus juste.

En poésie, la production de cette période privilégiait la technique (jeux de mots, badīʿ excessif) au détriment du sens et de l’émotion. Les poètes faisaient du taqrīẓ (louanges de circonstance), du tawshīḥ (poèmes strophiques) et des acrobaties linguistiques.

Mais réduire cette période à un « déclin » serait injuste. En prose, elle a produit des encyclopédies et des compilations monumentales : al-Suyūṭī, Ibn Manẓūr avec le Lisān al-ʿArab, Ibn Ḥajar avec le Fatḥ al-Bārī. Des savants majeurs ont vécu à cette époque — ce n’est pas une période vide, c’est une période où la compilation et le commentaire ont pris le dessus sur la création originale.

Ce qu’il faut retenir :
– Période : 1258 – début XIXe siècle
– Le terme « انحطاط » est contesté — on dit aussi عصر الدول المتتابعة
– La technique l’emporte sur le sens et l’émotion en poésie
– Période riche en compilations, commentaires et encyclopédies — pas un vide total

  • Adab

عَصْرُ صَدْرِ الإِسْلَامِ — L’époque du début de l’Islam


L’époque de ṣadr al-Islām c’est la période qui va de la Révélation jusqu’à la fin du califat des Rāshidūn (environ 610-661). L’arrivée du Coran a bouleversé le paysage littéraire arabe — un texte d’une beauté inégalée, qui n’est ni poésie ni prose, a redéfini les standards de la langue.

La poésie n’a pas disparu avec l’Islam, mais elle a changé de direction. Le Prophète ﷺ avait des poètes qui défendaient l’Islam, comme حَسَّان بن ثَابِت (Ḥassān ibn Thābit), surnommé « le poète du Prophète ». L’hijāʾ contre les ennemis de l’Islam est devenu un outil de guerre.

Les discours (khuṭab) ont pris une nouvelle importance avec l’Islam — les califes comme أبو بكر et عَلِيّ بن أبي طَالِب étaient des orateurs exceptionnels. Le Nahj al-Balāgha compilé par al-Sharīf al-Raḍī est un monument de la prose arabe.

Ce qu’il faut retenir :
• Période : de la Révélation à la fin des Rāshidūn (~610-661)
• Le Coran a révolutionné le rapport des Arabes à la langue
• La poésie continue mais avec de nouveaux thèmes (défense de l’Islam, zuhd)

  • Adab

عَطْفٌ — La coordination


Le ʿaṭf c’est quand tu relies deux mots avec une particule de coordination, et le deuxième prend le même cas que le premier.

Quand tu dis جَاءَ مُحَمَّدٌ وَعَلِيٌّ (Mohammed et Ali sont venus), « عَلِيٌّ » est maʿṭūf sur « مُحَمَّدٌ ». Comme مُحَمَّدٌ est marfūʿ, عَلِيٌّ est aussi marfūʿ.

La particule la plus courante c’est وَ (et), mais il y en a d’autres qui changent le sens : ثُمَّ (ensuite), أَوْ (ou), بَلْ (mais plutôt).

Ce qu’il faut retenir :
• Le maʿṭūf prend le même cas que le maʿṭūf ʿalayhi
• C’est l’un des quatre tawābiʿ (suivants)
• Particules : وَ، فَ، ثُمَّ، أَوْ، أَمْ، بَلْ، لَا، لَكِنْ

  • Nahw

عَلَامَاتُ التَّرْقِيمِ — Les signes de ponctuation


Les ʿalāmāt al-tarqīm ce sont les signes qu’on utilise pour organiser le texte et guider la lecture. L’arabe classique n’en avait pas — ils ont été introduits au début du XXe siècle, inspirés des langues européennes.

En arabe, la virgule est inversée ، (pas ,) et le point-virgule aussi ؛. Le point d’interrogation est inversé ؟. Le point final est le même ..

Ce qu’il faut retenir :
• Virgule arabe : ، / Point-virgule : ؛ / Point d’interrogation : ؟
• Le point, les parenthèses et les guillemets sont identiques
• Les guillemets arabes peuvent être « » ou  » « 

  • Imla'

عِلَّةٌ — La cause grammaticale


La ʿilla c’est la raison profonde pour laquelle une règle grammaticale existe. Les grammairiens ne se contentaient pas de dire « le fāʿil est marfūʿ » — ils voulaient expliquer pourquoi.

Par exemple, pourquoi le fāʿil est-il marfūʿ et le mafʿūl bihi manṣūb ? Les grammairiens ont dit : le rafʿ est la voyelle la plus lourde, et le fāʿil est le mot le plus important de la phrase (puisqu’il fait l’action) — donc on lui donne la voyelle la plus forte.

Il y a trois niveaux de ʿilla : la عِلَّة تَعْلِيمِيَّة (pédagogique — pour enseigner la règle), la عِلَّة قِيَاسِيَّة (analogique — la cause qui justifie le qiyās) et la عِلَّة جَدَلِيَّة (dialectique — pour défendre la règle dans un débat).

Ce qu’il faut retenir :
• ʿIlla = la raison pour laquelle une règle existe
• Trois niveaux : pédagogique, analogique, dialectique
• C’est le cœur du qiyās — sans ʿilla, pas d’analogie

  • Uṣūl an-naḥw

عِلَّةٌ — La modification structurelle


La ʿilla c’est un changement profond qui touche le watid dans le dernier pied de l’hémistiche (le ʿarūḍ ou le ḍarb). Contrairement au zihāf, une fois que la ʿilla est utilisée, elle doit être maintenue dans tout le poème.

Par exemple, le pied فَعُولُنْ peut être raccourci en فَعُولْ (le nūn tombe) — c’est une ʿilla appelée qaṣr. Si le poète l’utilise dans le premier vers, il doit le garder dans tous les vers du poème.

Ce qu’il faut retenir :
• ʿIlla = modification profonde qui touche le watid
• Elle est obligatoire une fois utilisée — elle doit rester dans tout le poème
• Elle ne touche que le ʿarūḍ (fin du ṣadr) et le ḍarb (fin du ʿajuz)

  • ʿArūḍ

عِلْمُ البَيَانِ — La science de l’imagerie


Le ʿilm al-bayān c’est la branche de la balāgha qui étudie comment exprimer un même sens de plusieurs façons différentes — en utilisant des images, des comparaisons, des métaphores.

Par exemple, pour dire que quelqu’un est généreux, tu peux dire : هُوَ كَرِيمٌ (il est généreux — sens propre), هُوَ كَالبَحْرِ (il est comme la mer — comparaison), هُوَ بَحْرٌ (c’est une mer — métaphore). Le bayān t’apprend la différence entre ces formulations.

Ce qu’il faut retenir :
• ʿIlm al-bayān = exprimer un sens de plusieurs façons
• Trois outils principaux : tashbīh (comparaison), majāz (métaphore), kināya (allusion)
• C’est la branche la plus littéraire et la plus poétique

  • Balagha

عِلْمُ المَعَانِي — La science des sens


Le ʿilm al-maʿānī c’est la branche de la balāgha qui étudie comment la structure de la phrase change le sens. C’est pas ce que tu dis, c’est comment tu le dis — et pourquoi tu as choisi cette structure plutôt qu’une autre.

Par exemple, dire مُحَمَّدٌ نَاجِحٌ (Mohammed a réussi) et إِنَّ مُحَمَّدًا نَاجِحٌ (certes Mohammed a réussi) c’est la même info — mais le deuxième insiste. Le ʿilm al-maʿānī t’explique pourquoi on utilise l’un plutôt que l’autre.

Ce qu’il faut retenir :
• ʿIlm al-maʿānī = comment la structure de la phrase affecte le sens
• Il couvre : la phrase nominale/verbale, l’affirmation, la négation, la restriction, l’avancement, le retardement…
• C’est la branche la plus liée au naḥw

  • Balagha

عُيُوبُ القَافِيَةِ — Les défauts de la rime


Les ʿuyūb al-qāfiya ce sont les erreurs qu’un poète peut commettre dans la rime. Si tu changes de lettre de rime, de voyelle ou de structure entre les vers, c’est un défaut — et les critiques le remarquent.

Le plus grave c’est le إِقْوَاء (iqwāʾ) — quand la voyelle après le rawī change d’un vers à l’autre (par exemple kasra dans un vers et ḍamma dans un autre). C’est considéré comme une faute majeure.

Il y a aussi le إِيطَاء (īṭāʾ) — quand tu répètes le même mot de rime dans deux vers proches. C’est vu comme un manque de vocabulaire.

Ce qu’il faut retenir :
• Les défauts de rime montrent un manque de maîtrise du poète
• Principaux défauts : iqwāʾ (changement de voyelle), īṭāʾ (répétition du mot de rime)
• Autres : sinād, ikfāʾ, taḍmīn

  • ʿArūḍ

ف

الْفَاعِلُ — Le sujet


En arabe, le fāʿil c’est tout simplement celui qui fait l’action, ou celui qui est lié au verbe.

Quand tu dis جَاءَ الطَّالِبُ (l’étudiant est venu), « الطَّالِبُ » c’est ton fāʿil.

Mais attention, le fāʿil ce n’est pas forcément celui qui « choisit » de faire l’action. Par exemple : مَاتَ الرَّجُلُ (l’homme est mort). L’homme n’a rien fait, il n’a pas décidé de mourir — et pourtant « الرَّجُلُ » est bien le fāʿil, parce qu’il est celui à qui le verbe est rattaché.

Ce qu’il faut retenir :
• Il est toujours marfūʿ (مرفوع)
• Il vient après le verbe
• Le verbe reste au singulier, même si le fāʿil est pluriel : نَجَحَ الطُّلَّابُ (les étudiants ont réussi)

  • Nahw

فَصَاحَةٌ — L’éloquence


La faṣāḥa c’est la clarté et la pureté du langage. Avant même de parler de balāgha, il faut que tes mots soient faṣīḥ — corrects, clairs, sans lourdeur, sans erreur.

Un mot est faṣīḥ quand il n’est pas difficile à prononcer, quand il n’est pas rare au point que personne ne le comprend, et quand il respecte les règles de la langue. Une phrase est faṣīḥa quand ses mots s’enchaînent bien et ne se heurtent pas.

La faṣāḥa c’est la condition préalable à la balāgha. Tu ne peux pas être balīgh (éloquent en rhétorique) si tu n’es même pas faṣīḥ (clair dans ta langue).

Ce qu’il faut retenir :
• Faṣāḥa = clarté et pureté du langage
• Elle concerne le mot (pas de lourdeur), la phrase (pas de cacophonie) et le locuteur
• C’est le prérequis de la balāgha

  • Balagha

فِعْلٌ — Le verbe


Le fiʿl c’est le mot qui indique une action liée à un temps — passé, présent ou futur.

Il y a trois types : le passé (كَتَبَ — il a écrit), le présent (يَكْتُبُ — il écrit) et l’impératif (اُكْتُبْ — écris !).

La différence avec le ism ? Le ism كِتَابٌ (un livre) ne te dit pas « quand ». Mais le fiʿl كَتَبَ te dit « il a écrit » — il y a une action et un temps.

Ce qu’il faut retenir :
• Le fiʿl exprime une action + un temps
• Trois types : māḍī (passé), muḍāriʿ (présent), amr (impératif)
• Il accepte les marques du temps comme سَ (futur) ou قَدْ (déjà)

  • Nahw

فِعْلُ أَمْرٍ — Le verbe à l’impératif


Le fiʿl amr c’est le verbe qui donne un ordre. Tu l’utilises pour demander à quelqu’un de faire quelque chose.

Quand tu dis اُكْتُبْ (écris !), اِقْرَأْ (lis !), اِذْهَبْ (va !) — ce sont des verbes à l’impératif. Ils ne s’adressent qu’à la deuxième personne (celui à qui tu parles).

Pour le former, on part du muḍāriʿ, on enlève la lettre du début, et on met un sukūn à la fin. Si le mot commence par deux lettres sans voyelle, on ajoute une hamza de liaison au début.

Ce qu’il faut retenir :
• Le fiʿl amr est toujours mabnī
• Il est mabnī sur le sukūn par défaut
• Il ne s’adresse qu’à la 2ème personne

  • Sarf

فِعْلٌ صَحِيحٌ — Le verbe sain


Le fiʿl ṣaḥīḥ c’est le verbe dont aucune lettre de la racine n’est une lettre faible (و، ي، ء). Ses lettres sont toutes « saines », stables — elles ne disparaissent pas et ne changent pas pendant la conjugaison.

Par exemple, كَتَبَ (écrire), جَلَسَ (s’asseoir), فَتَحَ (ouvrir) — toutes leurs lettres sont stables. Pas de و ni de ي dans la racine.

Le verbe sain se divise en trois sous-types selon la présence ou non d’un hamza ou d’un doublement de lettre.

Ce qu’il faut retenir :
• Ṣaḥīḥ = aucune lettre faible (و، ي) dans la racine
• Trois sous-types : sālim (sain pur), mahmūz (avec hamza), muḍaʿʿaf (avec doublement)
• C’est le type de verbe le plus régulier à conjuguer

  • Sarf

فِعْلٌ لَازِمٌ — Le verbe intransitif


Le fiʿl lāzim c’est le verbe dont l’action reste sur le sujet — elle ne passe pas à un complément d’objet. Le sujet fait l’action et c’est tout, personne d’autre n’est touché.

Par exemple, جَلَسَ الطَّالِبُ (l’étudiant s’est assis). L’action de s’asseoir reste sur l’étudiant. Tu ne peux pas dire « il a assis quelqu’un » (pas avec cette forme). Pareil pour ذَهَبَ (aller) et نَامَ (dormir).

Ce qu’il faut retenir :
• Lāzim = l’action ne passe pas à un complément d’objet
• Il n’a pas de mafʿūl bihi
• On peut le rendre transitif en changeant de forme (ex : جَلَسَأَجْلَسَ = faire asseoir)

  • Sarf

فِعْلٌ مَاضٍ — Le verbe au passé


Le fiʿl māḍī c’est le verbe qui exprime une action qui s’est passée dans le passé. C’est la forme de base du verbe arabe — celle qu’on trouve dans le dictionnaire.

Quand tu dis ذَهَبَ (il est allé), أَكَلَ (il a mangé), فَهِمَ (il a compris) — ce sont tous des verbes au passé. La forme de base est la 3ème personne du masculin singulier.

On le conjugue en ajoutant des suffixes : ذَهَبْتُ (je suis allé), ذَهَبْتَ (tu es allé), ذَهَبُوا (ils sont allés).

Ce qu’il faut retenir :
• Le fiʿl māḍī est toujours mabnī (invariable)
• Il est mabnī sur la fatḥa par défaut
• Sa conjugaison se fait par des suffixes (ajoutés à la fin)

  • Sarf

فِعْلٌ مَبْنِيٌّ لِلْمَجْهُولِ — La voix passive


Le fiʿl mabnī li-l-majhūl c’est le verbe dont on ne mentionne pas le sujet. « Mabnī li-l-majhūl » veut dire « construit pour l’inconnu » — on ne sait pas (ou on ne veut pas dire) qui fait l’action.

Quand tu dis كُتِبَ الدَّرْسُ (la leçon a été écrite), tu ne sais pas qui l’a écrite. Le verbe a changé de voyelles internes : كَتَبَ est devenu كُتِبَ.

Le complément d’objet prend la place du sujet et devient nāʾib al-fāʿil. Il passe de manṣūb à marfūʿ.

Ce qu’il faut retenir :
• Voix passive = le sujet est inconnu ou non mentionné
• Au passé : on met une ḍamma au début et une kasra avant la dernière lettre (كُتِبَ)
• Au présent : on met une ḍamma au début et une fatḥa avant la dernière lettre (يُكْتَبُ)

  • Sarf

فِعْلٌ مَبْنِيٌّ لِلْمَعْلُومِ — La voix active


Le fiʿl mabnī li-l-maʿlūm c’est le verbe dont on connaît le sujet. « Mabnī li-l-maʿlūm » veut dire littéralement « construit pour le connu » — on sait qui fait l’action.

Quand tu dis كَتَبَ الطَّالِبُ الدَّرْسَ (l’étudiant a écrit la leçon), on sait qui a écrit — c’est l’étudiant. Le verbe est à la voix active.

C’est la forme par défaut du verbe. Quand tu apprends un verbe, c’est sous cette forme que tu l’apprends.

Ce qu’il faut retenir :
• Voix active = le sujet est connu et mentionné
• C’est la forme par défaut du verbe arabe
• Le sujet de ce verbe s’appelle fāʿil

  • Sarf

فِعْلٌ مُتَعَدٍّ — Le verbe transitif


Le fiʿl mutaʿaddī c’est le verbe dont l’action passe du sujet à un complément d’objet. Quelqu’un fait l’action, et quelqu’un d’autre (ou quelque chose) la reçoit.

Par exemple, أَكَلَ الوَلَدُ التُّفَّاحَةَ (le garçon a mangé la pomme). L’action de manger passe du garçon à la pomme. « التُّفَّاحَةَ » c’est le mafʿūl bihi.

Certains verbes transitifs peuvent prendre deux compléments d’objet : أَعْطَيْتُ الطَّالِبَ كِتَابًا (j’ai donné à l’étudiant un livre).

Ce qu’il faut retenir :
• Mutaʿaddī = l’action passe à un mafʿūl bihi
• Certains sont transitifs à un objet, d’autres à deux objets
• On peut rendre un verbe transitif avec les formes augmentées (II, IV notamment)

  • Sarf

فِعْلٌ مُجَرَّدٌ — Le verbe nu


Le fiʿl mujarrad c’est le verbe qui ne contient que les lettres de sa racine, sans aucune lettre ajoutée. C’est le verbe dans sa forme la plus simple.

Par exemple, كَتَبَ (il a écrit) est mujarrad — il n’a que ses trois lettres de racine : ك، ت، ب. Rien de plus. Pareil pour جَلَسَ (il s’est assis) et فَتَحَ (il a ouvert).

Le verbe trilitère mujarrad a 6 schèmes possibles selon la voyelle du milieu au passé et au présent. Le plus courant c’est فَعَلَ يَفْعُلُ.

Ce qu’il faut retenir :
• Mujarrad = que les lettres de la racine, rien d’ajouté
• Le trilitère mujarrad a 6 abwāb (schèmes de conjugaison)
• C’est la base à partir de laquelle on construit les verbes augmentés

  • Sarf

فِعْلٌ مُجَرَّدٌ — Le verbe nu


Le fiʿl mujarrad c’est le verbe qui ne contient que les lettres de sa racine, sans aucune lettre ajoutée. C’est le verbe dans sa forme la plus simple.

Par exemple, كَتَبَ (il a écrit) est mujarrad — il n’a que ses trois lettres de racine : ك، ت، ب. Rien de plus. Pareil pour جَلَسَ (il s’est assis) et فَتَحَ (il a ouvert).

Le verbe trilitère mujarrad a 6 schèmes possibles selon la voyelle du milieu au passé et au présent. Le plus courant c’est فَعَلَ يَفْعُلُ.

Ce qu’il faut retenir :
• Mujarrad = que les lettres de la racine, rien d’ajouté
• Le trilitère mujarrad a 6 abwāb (schèmes de conjugaison)
• C’est la base à partir de laquelle on construit les verbes augmentés

  • Sarf

فِعْلٌ مَزِيدٌ — Le verbe augmenté


Le fiʿl mazīd c’est le verbe auquel on a ajouté une ou plusieurs lettres à la racine. Ces lettres ajoutées changent ou enrichissent le sens du verbe.

Par exemple, كَتَبَ (il a écrit) est mujarrad. Mais كَاتَبَ (il a correspondu avec) a un alif ajouté — c’est un verbe mazīd. Pareil : أَكْتَبَ (il a fait écrire) a un hamza ajouté.

Chaque ajout apporte un sens précis : la forme III (فَاعَلَ) ajoute l’idée de faire l’action avec quelqu’un, la forme IV (أَفْعَلَ) rend le verbe causatif, la forme V (تَفَعَّلَ) ajoute l’idée de progressivité.

Ce qu’il faut retenir :
• Mazīd = racine + lettres ajoutées
• Les lettres qui peuvent être ajoutées sont regroupées dans سَأَلْتُمُونِيهَا
• Le trilitère mazīd a 12 formes (de II à X, plus quelques formes rares)

  • Sarf

فِعْلٌ مَزِيدٌ — Le verbe augmenté


Le fiʿl mazīd c’est le verbe auquel on a ajouté une ou plusieurs lettres à la racine. Ces lettres ajoutées changent ou enrichissent le sens du verbe.

Par exemple, كَتَبَ (il a écrit) est mujarrad. Mais كَاتَبَ (il a correspondu avec) a un alif ajouté — c’est un verbe mazīd. Pareil : أَكْتَبَ (il a fait écrire) a un hamza ajouté.

Chaque ajout apporte un sens précis : la forme III (فَاعَلَ) ajoute l’idée de faire l’action avec quelqu’un, la forme IV (أَفْعَلَ) rend le verbe causatif, la forme V (تَفَعَّلَ) ajoute l’idée de progressivité.

Ce qu’il faut retenir :
• Mazīd = racine + lettres ajoutées
• Les lettres qui peuvent être ajoutées sont regroupées dans سَأَلْتُمُونِيهَا
• Le trilitère mazīd a 12 formes (de II à X, plus quelques formes rares)

  • Sarf

فِعْلٌ مُضَارِعٌ — Le verbe au présent


Le fiʿl muḍāriʿ c’est le verbe qui exprime une action au présent ou au futur. Il commence toujours par l’une des lettres de أَنَيْتُ (hamza, nūn, yāʾ, tāʾ).

Quand tu dis يَكْتُبُ (il écrit), تَكْتُبُ (tu écris / elle écrit), أَكْتُبُ (j’écris), نَكْتُبُ (nous écrivons) — ce sont tous des verbes muḍāriʿ. La lettre du début change selon la personne.

C’est le seul verbe qui peut être muʿrab — c’est-à-dire que sa fin change (marfūʿ, manṣūb, majzūm) selon ce qui le précède.

Ce qu’il faut retenir :
• Il commence toujours par une lettre de أَنَيْتُ
• Il est muʿrab par défaut (marfūʿ, manṣūb ou majzūm)
• Il devient mabnī seulement quand il est suivi de نُون التَّوْكِيد ou نُون النِّسْوَة

  • Sarf

فِعْلٌ مُضَارِعٌ — Le verbe au présent


Le fiʿl muḍāriʿ c’est le verbe qui exprime une action au présent ou au futur. Il commence toujours par l’une des lettres de أَنَيْتُ (hamza, nūn, yāʾ, tāʾ).

Quand tu dis يَكْتُبُ (il écrit), تَكْتُبُ (tu écris / elle écrit), أَكْتُبُ (j’écris), نَكْتُبُ (nous écrivons) — ce sont tous des verbes muḍāriʿ. La lettre du début change selon la personne.

C’est le seul verbe qui peut être muʿrab — c’est-à-dire que sa fin change (marfūʿ, manṣūb, majzūm) selon ce qui le précède.

Ce qu’il faut retenir :
• Il commence toujours par une lettre de أَنَيْتُ
• Il est muʿrab par défaut (marfūʿ, manṣūb ou majzūm)
• Il devient mabnī seulement quand il est suivi de نُون التَّوْكِيد ou نُون النِّسْوَة

  • Sarf

فِعْلٌ مُعْتَلٌّ — Le verbe défectueux


Le fiʿl muʿtall c’est le verbe qui a une lettre faible (و ou ي) dans sa racine. Cette lettre faible peut changer, disparaître ou se transformer pendant la conjugaison — c’est pour ça qu’on l’appelle « défectueux ».

Par exemple, وَعَدَ (promettre) a un و au début — c’est un mithāl. قَالَ (dire) a une lettre faible au milieu — c’est un ajwaf. رَمَى (lancer) a un ي à la fin — c’est un nāqiṣ.

Ces verbes sont plus difficiles à conjuguer parce que la lettre faible « bouge » — elle peut devenir un alif, disparaître, ou changer de voyelle.

Ce qu’il faut retenir :
• Muʿtall = une lettre faible (و ou ي) dans la racine
• Trois types : mithāl (faible au début), ajwaf (au milieu), nāqiṣ (à la fin)
• La lettre faible subit des modifications (iʿlāl) pendant la conjugaison

  • Sarf

ق

قَافِيَةٌ — La rime


La qāfiya c’est la partie finale du vers qui se répète dans tous les vers du poème. C’est la rime — le son sur lequel chaque vers se termine.

Techniquement, la qāfiya va du dernier sabab ou watid du vers jusqu’à la fin. Elle contient la lettre de rime (rawī) et les voyelles qui l’entourent.

En poésie classique, la qāfiya est la même dans tout le poème — du premier vers au dernier. C’est une contrainte forte qui montre la maîtrise du poète.

Ce qu’il faut retenir :
• Qāfiya = la rime — la fin commune de tous les vers
• Elle contient la lettre de rime (rawī) et ses voyelles
• Elle est fixe dans tout le poème classique

  • ʿArūḍ

قَصْرٌ — La restriction


Le qaṣr c’est limiter une chose à une autre — dire « uniquement, seulement, rien que ». C’est quand tu veux exclure toutes les autres possibilités.

Par exemple, مَا مُحَمَّدٌ إِلَّا طَالِبٌ (Mohammed n’est rien d’autre qu’un étudiant). Tu as limité Mohammed à une seule qualité. Autre outil : إِنَّمَا مُحَمَّدٌ طَالِبٌ — même sens, autre style.

Le qaṣr peut aussi se faire en avançant ce qui devrait être après : إِيَّاكَ نَعْبُدُ (c’est Toi que nous adorons) — en avançant « إِيَّاكَ », on a restreint l’adoration à Allah seul.

Ce qu’il faut retenir :
• Qaṣr = limiter une chose à une autre
• Outils principaux : مَا… إِلَّا, إِنَّمَا, le taqdīm (avancement)
• Deux types : qaṣr ṣifa ʿalā mawṣūf et qaṣr mawṣūf ʿalā ṣifa

  • Balagha

قَصِيدَةٌ — Le poème


La qaṣīda c’est le poème long classique — la forme la plus noble de la poésie arabe. Elle fait généralement plus de 7 vers, suit un seul mètre et une seule rime du début à la fin.

Traditionnellement, la qaṣīda suit une structure thématique : elle commence par le nasīb (prologue amoureux sur les traces du campement), puis la riḥla (le voyage), et enfin le gharaḍ (le vrai sujet — éloge, satire, sagesse…).

Les plus célèbres sont les المُعَلَّقَات (les Suspendues) — sept (ou dix) qaṣīda considérées comme les chefs-d’œuvre de la poésie préislamique.

Ce qu’il faut retenir :
• Qaṣīda = poème long avec un seul mètre et une seule rime
• Structure classique : nasīb → riḥla → gharaḍ
• Les Muʿallaqāt sont les qaṣīda les plus célèbres

  • ʿArūḍ

قِيَاسٌ — L’analogie


Le qiyās c’est le raisonnement par analogie — appliquer à un cas nouveau la même règle qu’un cas connu, parce qu’ils partagent la même cause. C’est l’outil principal des grammairiens pour étendre les règles au-delà du corpus entendu.

Par exemple, on sait que dans ضَرَبَ زَيْدٌ عَمْرًا, « زَيْدٌ » est marfūʿ parce qu’il est fāʿil. Par qiyās, tout mot qui occupe la position de fāʿil dans n’importe quelle phrase sera aussi marfūʿ. On a étendu la règle par analogie.

Le qiyās a quatre piliers : le مَقِيس (le cas nouveau), le مَقِيس عَلَيْه (le cas de référence), le حُكْم (la règle) et la عِلَّة (la cause commune).

Ce qu’il faut retenir :
• Qiyās = appliquer une règle connue à un cas nouveau par analogie
• Quatre piliers : cas nouveau, cas de référence, règle, cause
• C’est l’outil qui permet d’étendre les règles au-delà du samāʿ

  • Uṣūl an-naḥw

ك

كَانَ وَأَخَوَاتُهَا — Kāna et ses sœurs


Kāna et ses sœurs, ce sont des verbes qui entrent sur la phrase nominale et qui changent le cas du khabar. Le mubtadaʾ reste marfūʿ (on l’appelle ism de kāna), mais le khabar devient manṣūb.

Avant : الطَّالِبُ مُجْتَهِدٌ (l’étudiant est assidu). Après : كَانَ الطَّالِبُ مُجْتَهِدًا (l’étudiant était assidu). Tu vois ? « مُجْتَهِدٌ » est devenu « مُجْتَهِدًا » — de marfūʿ à manṣūb.

Ses « sœurs » sont des verbes qui font la même chose : أَصْبَحَ (devenir le matin), لَيْسَ (ne pas être), صَارَ (devenir), مَا زَالَ (ne pas cesser d’être).

Ce qu’il faut retenir :
• Kāna entre sur la phrase nominale : le mubtadaʾ reste marfūʿ, le khabar devient manṣūb
• Kāna ajoute une notion de temps à la phrase nominale
• Ses sœurs : أَصْبَحَ، أَمْسَى، لَيْسَ، صَارَ، مَا زَالَ، مَا دَامَ

  • Nahw

كِتَابَةٌ عَرُوضِيَّةٌ — L’écriture prosodique


La kitāba ʿarūḍiyya c’est la façon d’écrire un vers comme on le prononce réellement — pas comme on l’écrit normalement. En ʿarūḍ, on n’écrit que ce qu’on entend, et on écrit tout ce qu’on entend.

Ça veut dire que le tanwīn كِتَابًا s’écrit كِتَابَنْ (parce qu’on prononce un « n »). Le lām solaire s’écrit deux fois : الشَّمْسُأَشْشَمْسُ. Et les lettres muettes disparaissent.

C’est la première étape pour scanner un vers : tu le réécris en écriture prosodique, puis tu identifies les syllabes longues et courtes.

Ce qu’il faut retenir :
• Kitāba ʿarūḍiyya = écrire ce qu’on prononce, rien de plus, rien de moins
• Tanwīn → nūn / Shadda → deux lettres / Lettres muettes → supprimées
• C’est l’étape indispensable avant de scanner un vers

  • ʿArūḍ

ل

لَامٌ شَمْسِيَّةٌ — Le lām solaire


Le lām shamsiyya c’est le lām de l’article ال qui ne se prononce pas. Il s’écrit mais il est « absorbé » par la lettre qui suit — cette lettre prend une shadda à la place.

Par exemple, الشَّمْس (le soleil) — on ne dit pas « al-shams » mais « ash-shams ». Le lām disparaît à l’oral et le shīn est doublé. C’est pour ça qu’on l’appelle « solaire » — le mot شَمْس lui-même en est un exemple.

Ça arrive avec 14 lettres — ce sont les lettres dont le point d’articulation est proche du lām : ت، ث، د، ذ، ر، ز، س، ش، ص، ض، ط، ظ، ل، ن.

Ce qu’il faut retenir :
• Lām shamsiyya = écrit mais pas prononcé — la lettre suivante est doublée
14 lettres solaires : ت ث د ذ ر ز س ش ص ض ط ظ ل ن

  • Imla'

لَامٌ قَمَرِيَّةٌ — Le lām lunaire


Le lām qamariyya c’est le lām de l’article ال qui se prononce normalement. Rien ne disparaît, rien n’est absorbé — tu dis « al- » et la lettre qui suit reste telle quelle.

Par exemple, القَمَر (la lune) — on dit bien « al-qamar », le lām se prononce. C’est pour ça qu’on l’appelle « lunaire » — le mot قَمَر lui-même en est l’exemple.

Les 14 autres lettres de l’alphabet sont lunaires : أ، ب، ج، ح، خ، ع، غ، ف، ق، ك، م، ه، و، ي.

Ce qu’il faut retenir :
• Lām qamariyya = le lām se prononce normalement
14 lettres lunaires : أ ب ج ح خ ع غ ف ق ك م ه و ي
• Moyen mnémotechnique : les lettres lunaires sont dans la phrase « اِبْغِ حَجَّكَ وَخَفْ عَقِيمَهُ »

  • Imla'

م

مُبْتَدَأٌ — Le sujet de la phrase nominale


Le mubtadaʾ c’est le mot par lequel commence une phrase nominale. C’est ce dont on parle — le point de départ de la phrase.

Quand tu dis الطَّالِبُ مُجْتَهِدٌ (l’étudiant est assidu), « الطَّالِبُ » c’est ton mubtadaʾ. C’est de lui qu’on parle.

En arabe il n’y a pas besoin du verbe « être » au présent. La phrase nominale c’est juste mubtadaʾ + khabar, sans verbe.

Ce qu’il faut retenir :
• Le mubtadaʾ est toujours marfūʿ
• Il est généralement déterminé (avec أل, pronom, nom propre…)
• Il a besoin d’un khabar pour que la phrase soit complète

  • Nahw

مَجَازٌ — Le sens figuré


Le majāz c’est utiliser un mot dans un sens autre que son sens d’origine, avec un indice qui empêche de comprendre le sens littéral.

Par exemple, جَرَى النَّهْرُ — « la rivière a couru ». Une rivière ne court pas vraiment — c’est un majāz. L’indice c’est que « courir » ne peut pas s’appliquer littéralement à une rivière.

Il y a le majāz lughawī (linguistique — lien de ressemblance ou de contiguïté) et le majāz ʿaqlī (rationnel — on attribue l’action à autre chose que son vrai auteur).

Ce qu’il faut retenir :
• Majāz = mot utilisé hors de son sens d’origine
• Il nécessite un indice (qarīna) qui bloque le sens littéral
• Le contraire du majāz c’est la ḥaqīqa (sens propre)

  • Balagha

مَجْرُورٌ — Le génitif


Majrūr ça veut dire « abaissé ». C’est quand la fin du mot porte une kasra (ou un tanwīn kasra pour l’indéterminé).

Quand tu dis فِي البَيْتِ (dans la maison), « البَيْتِ » est majrūr — tu vois la kasra à la fin. C’est parce qu’il est précédé de la préposition فِي.

Le jarr ne concerne que les noms, jamais les verbes. Un nom devient majrūr soit par une préposition, soit par l’annexion (iḍāfa).

Ce qu’il faut retenir :
• Majrūr = fin du mot en kasra (ـِ)
• Causé par une préposition ou une annexion (iḍāfa)
• Ne concerne que les noms, jamais les verbes

  • Nahw

مَجْزُومٌ — Le jussif


Majzūm ça veut dire « tronqué » ou « coupé ». C’est quand la fin du verbe présent porte un sukūn.

Quand tu dis لَمْ يَكْتُبْ (il n’a pas écrit), « يَكْتُبْ » est majzūm — tu vois le sukūn à la fin. C’est la particule لَمْ qui a « tronqué » le verbe.

Le jazm ne concerne que le verbe muḍāriʿ (présent). Jamais un nom, jamais un verbe passé. C’est le seul cas qui est propre au verbe.

Ce qu’il faut retenir :
• Majzūm = fin du verbe en sukūn (ـْ)
• Ne concerne que le verbe muḍāriʿ
• Causé par des particules comme لَمْ، لَا (الناهية)، لَمَّا، إِنْ

  • Nahw

مَدْرَسَةُ الأَنْدَلُسِ — L’école d’al-Andalus


L’école d’al-Andalus c’est l’école grammaticale qui a fleuri dans l’Espagne musulmane. Elle a commencé en suivant Basra, puis a développé ses propres positions — souvent audacieuses et originales.

Son plus grand génie c’est ابن مَالِك (Ibn Mālik) — auteur de l’أَلْفِيَّة (le poème de 1000 vers qui résume toute la grammaire arabe). C’est le texte de grammaire le plus étudié dans le monde arabe depuis 700 ans. Avant lui, ابن مَضَاء القُرْطُبِي (Ibn Maḍāʾ) a tenté une révolution en rejetant la théorie du ʿāmil.

Ce qu’il faut retenir :
• École de l’Espagne musulmane
• Figure majeure : Ibn Mālik (l’Alfiyya)
Ibn Maḍāʾ a remis en question le concept de ʿāmil

  • Uṣūl an-naḥw

مَدْرَسَةُ البَصْرَةِ — L’école de Basra


L’école de Basra c’est la première et la plus rigoureuse des écoles grammaticales arabes. C’est là que la grammaire arabe est née — à Basra, dans le sud de l’Irak, au IIe siècle de l’hégire.

Ses grands noms : أبو الأَسْوَد الدُّؤَلِي (le tout premier), الخَلِيل بن أَحْمَد (le génie qui a inventé le ʿarūḍ et le dictionnaire), et surtout سِيبَوَيْه (Sībawayhi) — son الكِتَاب est la bible de la grammaire arabe.

La méthode de Basra : rigueur maximale. Ils n’acceptent que le samāʿ le plus fiable, ils font beaucoup de qiyās, et ils rejettent les cas shādhdh. Pour eux, la grammaire doit être un système logique et cohérent.

Ce qu’il faut retenir :
• Première école — fondée à Basra
• Méthode : rigueur, logique, qiyās systématique
• Figures : al-Khalīl, Sībawayhi, al-Mubarrad

  • Uṣūl an-naḥw

مَدْرَسَةُ الكُوفَةِ — L’école de Koufa


L’école de Koufa c’est la rivale de Basra — plus souple, plus ouverte au samāʿ même rare, et plus proche de la réalité de la langue parlée. Elle est née à Koufa, l’autre grande ville irakienne.

Ses grands noms : الكِسَائِي (al-Kisāʾī) et الفَرَّاء (al-Farrāʾ). Les Koufiens ont une approche différente : ils acceptent les cas rares (shādhdh) comme preuves, ils font moins de qiyās, et ils sont prêts à créer des règles même à partir d’un seul exemple.

La rivalité Basra/Koufa c’est l’un des moteurs de la grammaire arabe. Chaque école cherchait à réfuter l’autre. Le livre الإِنْصَاف d’Ibn al-Anbārī recense les principales divergences entre les deux écoles.

Ce qu’il faut retenir :
• Deuxième école — fondée à Koufa
• Méthode : plus souple, accepte le samāʿ rare
• Figures : al-Kisāʾī, al-Farrāʾ

  • Uṣūl an-naḥw

مَدْرَسَةُ بَغْدَادَ — L’école de Bagdad


L’école de Bagdad c’est l’école de la synthèse — elle a pris le meilleur de Basra et de Koufa. Quand Bagdad est devenue la capitale abbasside, les grammairiens des deux écoles s’y sont retrouvés et ont commencé à faire des compromis.

Les Bagdadiens ne suivent pas une école aveuglément — sur chaque question, ils choisissent l’avis qui leur semble le plus juste, qu’il soit basrien ou koufien. ابن جِنِّي (Ibn Jinnī) est l’un des plus brillants — son livre الخَصَائِص est un chef-d’œuvre sur la philosophie de la langue.

Ce qu’il faut retenir :
• École de la synthèse entre Basra et Koufa
• Choisit l’avis le plus juste quelle que soit l’école
• Figure majeure : Ibn Jinnī (al-Khaṣāʾiṣ)

  • Uṣūl an-naḥw

مَدْرَسَةُ مِصْرَ — L’école d’Égypte


L’école d’Égypte c’est l’héritière de toutes les écoles précédentes. Après la chute de Bagdad et d’al-Andalus, c’est en Égypte et au Levant que la grammaire arabe a continué à se développer.

Les deux géants : ابن هِشَام الأَنْصَارِي (Ibn Hishām) — son مُغْنِي اللَّبِيب est un chef-d’œuvre de clarté. Et السُّيُوطِي (al-Suyūṭī) — son الأَشْبَاه وَالنَّظَائِر et الاِقْتِرَاح sont des références en uṣūl an-naḥw.

Ibn Hishām est si important qu’Ibn Khaldūn a dit de lui : « on n’a pas vu en grammaire quelqu’un comme Ibn Hishām ».

Ce qu’il faut retenir :
• L’école qui a hérité de toutes les autres
• Figures : Ibn Hishām (Mughnī al-Labīb), al-Suyūṭī
• L’Égypte reste le centre de la grammaire arabe jusqu’à aujourd’hui

  • Uṣūl an-naḥw

مَرْفُوعٌ — Le nominatif


Marfūʿ ça veut dire « élevé ». En grammaire, c’est quand la fin du mot porte une ḍamma (ou un tanwīn ḍamma pour l’indéterminé).

Quand tu dis جَاءَ الطَّالِبُ (l’étudiant est venu), « الطَّالِبُ » est marfūʿ — tu vois la ḍamma à la fin. C’est parce qu’il est le fāʿil (sujet).

Quels mots sont marfūʿ ? Le fāʿil, le mubtadaʾ, le khabar, le nāʾib al-fāʿil — en gros, tout ce qui a une fonction de « sujet » ou de « prédicat ».

Ce qu’il faut retenir :
• Marfūʿ = fin du mot en ḍamma (ـُ)
• C’est le cas du fāʿil, du mubtadaʾ, du khabar
• Marque principale : ḍamma, mais peut aussi être un wāw ou un alif dans certains cas

  • Nahw

مُسَاوَاةٌ — L’égalité


La musāwāt c’est quand les mots correspondent exactement au sens — ni plus, ni moins. Pas de concision, pas de prolixité. Chaque mot est nécessaire et aucun mot ne manque.

Par exemple : وَلَا يَحِيقُ المَكْرُ السَّيِّئُ إِلَّا بِأَهْلِهِ (le mauvais stratagème ne retombe que sur ses auteurs). Chaque mot est à sa place, rien de trop, rien qui manque.

Ce qu’il faut retenir :
• Musāwāt = les mots = le sens, ni plus ni moins
• C’est la forme la plus neutre entre ījāz et iṭnāb
• C’est le style par défaut d’un discours clair

  • Balagha

مُسْتَثْنًى — L’excepté


Le mustathnā c’est le mot qui est exclu du groupe. C’est celui qu’on sort du lot, souvent avec la particule إِلَّا (sauf).

Quand tu dis جَاءَ الطُّلَّابُ إِلَّا عَلِيًّا (les étudiants sont venus sauf Ali), « عَلِيًّا » c’est le mustathnā. Tout le monde est venu, sauf lui.

Le cas du mustathnā change selon le contexte : si la phrase est complète et affirmative, il est manṣūb. Si la phrase est négative et incomplète, il suit la fonction du mot avant إِلَّا.

Ce qu’il faut retenir :
• Le mustathnā est manṣūb dans le cas de base (phrase complète affirmative)
• Particule principale : إِلَّا (sauf)
• Autres outils d’exception : غَيْر، سِوَى، عَدَا، خَلَا، حَاشَا

  • Nahw

مَصْدَرٌ — Le nom verbal


Le maṣdar c’est le nom qui exprime l’action elle-même, sans aucune notion de temps ni de sujet. C’est l’action à l’état pur.

Quand tu dis كِتَابَةٌ (l’écriture), c’est le maṣdar du verbe كَتَبَ. Ce n’est pas « il a écrit » ni « il écrit » — c’est juste le fait d’écrire. Pas de temps, pas de personne.

Certains savants considèrent que le maṣdar est l’origine de tous les mots de la même racine — c’est de lui que le verbe et les autres dérivés naissent. D’où son nom : maṣdar = source, origine.

Ce qu’il faut retenir :
• Le maṣdar exprime l’action sans temps ni sujet
• Le maṣdar du verbe trilitère n’a pas de schème fixe (il faut l’apprendre par cœur)
• Le maṣdar des verbes augmentés suit des schèmes réguliers (تَفْعِيل، إِفْعَال، مُفَاعَلَة…)

  • Sarf

مَصْدَرٌ — Le nom verbal


Le maṣdar c’est le nom qui exprime l’action elle-même, sans aucune notion de temps ni de sujet. C’est l’action à l’état pur.

Quand tu dis كِتَابَةٌ (l’écriture), c’est le maṣdar du verbe كَتَبَ. Ce n’est pas « il a écrit » ni « il écrit » — c’est juste le fait d’écrire. Pas de temps, pas de personne.

Certains savants considèrent que le maṣdar est l’origine de tous les mots de la même racine — c’est de lui que le verbe et les autres dérivés naissent. D’où son nom : maṣdar = source, origine.

Ce qu’il faut retenir :
• Le maṣdar exprime l’action sans temps ni sujet
• Le maṣdar du verbe trilitère n’a pas de schème fixe (il faut l’apprendre par cœur)
• Le maṣdar des verbes augmentés suit des schèmes réguliers (تَفْعِيل، إِفْعَال، مُفَاعَلَة…)

  • Sarf

مُضَافٌ — L’annexé


Le muḍāf c’est le premier mot dans une relation d’annexion (iḍāfa). C’est le mot qui est « rattaché » à un autre pour se préciser.

Quand tu dis كِتَابُ الطَّالِبِ (le livre de l’étudiant), « كِتَابُ » c’est le muḍāf. Il est rattaché à « الطَّالِبِ » pour qu’on sache de quel livre on parle.

Le muḍāf perd deux choses : le tanwīn et l’article أل. On ne dit jamais « الكِتَابُ الطَّالِبِ » ni « كِتَابٌ الطَّالِبِ ».

Ce qu’il faut retenir :
• Le muḍāf perd le tanwīn et l’article أل
• Son cas dépend de sa fonction dans la phrase (marfūʿ, manṣūb ou majrūr)
• Il est toujours suivi du muḍāf ilayhi

  • Nahw

مُضَافٌ إِلَيْهِ — Le complément du nom


Le muḍāf ilayhi c’est le deuxième mot dans la relation d’annexion. C’est celui qui complète et précise le muḍāf.

Quand tu dis كِتَابُ الطَّالِبِ (le livre de l’étudiant), « الطَّالِبِ » c’est le muḍāf ilayhi. Il précise à qui appartient le livre.

Sa règle est simple et ne change jamais : le muḍāf ilayhi est toujours majrūr. Peu importe la fonction de l’ensemble dans la phrase.

Ce qu’il faut retenir :
• Le muḍāf ilayhi est toujours majrūr
• Il peut exprimer la possession, le type, la matière ou le contenu
• Exemples : كِتَابُ الطَّالِبِ (possession), بَابُ خَشَبٍ (matière)

  • Nahw

مُطَّرِدٌ — Le régulier


Le muṭṭarid c’est ce qui est à la fois attesté dans le samāʿ ET conforme à la règle générale. C’est le cas idéal — quand la théorie et la pratique coïncident.

Les grammairiens classent les phénomènes en quatre catégories :
مُطَّرِد مَسْمُوع : régulier ET attesté → c’est la base, on l’utilise sans hésiter.
مُطَّرِد غَيْر مَسْمُوع : régulier mais pas attesté → on le considère correct par analogie.
مَسْمُوع غَيْر مُطَّرِد : attesté mais irrégulier → c’est le shādhdh.
غَيْر مُطَّرِد وَلَا مَسْمُوع : ni régulier ni attesté → rejeté totalement.

Ce qu’il faut retenir :
• Muṭṭarid = conforme à la règle (régulier)
• Le cas idéal : muṭṭarid + masmūʿ
• Quatre combinaisons possibles entre régularité et attestation

  • Uṣūl an-naḥw

مَطْلَعٌ — Le vers d’ouverture


Le maṭlaʿ c’est le premier vers du poème. C’est le vers le plus important — celui qui lance le rythme, la rime et le ton. Un bon maṭlaʿ accroche l’auditeur dès le début.

La particularité du maṭlaʿ c’est que ses deux hémistiches riment. C’est le seul vers où le ṣadr et le ʿajuz partagent la même rime. Par exemple : قِفَا نَبْكِ مِنْ ذِكْرَى حَبِيبٍ وَمَنْزِلِ / بِسِقْطِ اللِّوَى بَيْنَ الدَّخُولِ فَحَوْمَلِ — les deux hémistiches finissent en « ـلِ ».

Ce qu’il faut retenir :
• Maṭlaʿ = premier vers du poème
• Ses deux hémistiches riment (le ṣadr aussi)
• C’est le vers qui définit le mètre et la rime de tout le poème

  • ʿArūḍ

المُعَلَّقَاتُ — Les Suspendues


Les Muʿallaqāt c’est le sommet absolu de la poésie préislamique — sept (ou dix) qaṣīda considérées comme les plus parfaites jamais composées. On les appelle « suspendues » parce que, selon la tradition, elles étaient écrites en lettres d’or et suspendues aux murs de la Kaʿba.

Les sept poètes classiques : اِمْرُؤ القَيْس (Imruʾ al-Qays), طَرَفَة بن العَبْد (Ṭarafa), زُهَيْر بن أبي سُلْمَى (Zuhayr), لَبِيد (Labīd), عَنْتَرَة (ʿAntara), عَمْرو بن كُلْثُوم (ʿAmr) et الحَارِث بن حِلِّزَة (al-Ḥārith).

Chaque Muʿallaqa est un chef-d’œuvre qui illustre un aspect de la vie arabe : l’amour, la guerre, la sagesse, la fierté tribale, le voyage dans le désert.

Ce qu’il faut retenir :
7 (ou 10) qaṣīda considérées comme les sommets de la poésie arabe
• Tradition : elles auraient été suspendues à la Kaʿba
• Chaque Muʿallaqa est un monument de la langue arabe

  • Adab

مَعْمُولٌ — Le régi


Le maʿmūl c’est le mot qui subit l’action du ʿāmil — celui dont la voyelle finale change à cause du régissant. C’est le complément du concept de ʿāmil.

Dans لَنْ أَذْهَبَ (je n’irai pas), لَنْ est le ʿāmil et أَذْهَبَ est le maʿmūl — c’est le verbe qui a été mis en naṣb par لَنْ. Sans لَنْ, le verbe serait resté marfūʿ (أَذْهَبُ).

Ce qu’il faut retenir :
• Maʿmūl = le mot affecté par le ʿāmil
• La relation ʿāmil / maʿmūl est le cœur de l’analyse grammaticale
• Tout mot muʿrab est maʿmūl d’un ʿāmil

  • Uṣūl an-naḥw

مَفْعُولٌ بِهِ — Le complément d’objet


Le mafʿūl bihi c’est celui sur qui l’action tombe. C’est le complément d’objet direct en arabe.

Quand tu dis أَكَلَ الوَلَدُ التُّفَّاحَةَ (le garçon a mangé la pomme), « التُّفَّاحَةَ » c’est le mafʿūl bihi. C’est la pomme qui reçoit l’action de manger.

Il répond à la question مَاذَا؟ (quoi ?) ou مَنْ؟ (qui ?). Le garçon a mangé quoi ? La pomme.

Ce qu’il faut retenir :
• Le mafʿūl bihi est toujours manṣūb (منصوب)
• C’est celui sur qui l’action tombe
• Tous les verbes n’ont pas de mafʿūl bihi — seulement les verbes transitifs (mutaʿaddī)

  • Nahw

مَفْعُولٌ فِيهِ — Le complément de temps et de lieu


Le mafʿūl fīhi c’est le mot qui t’indique quand ou où l’action s’est passée. On l’appelle aussi ẓarf (le récipient), parce qu’il « contient » l’action dans un temps ou un lieu.

Quand tu dis جِئْتُ يَوْمَ الجُمُعَةِ (je suis venu le jour du vendredi), « يَوْمَ » c’est ton mafʿūl fīhi — un ẓarf de temps. Et quand tu dis جَلَسْتُ أَمَامَ المَسْجِدِ (je me suis assis devant la mosquée), « أَمَامَ » c’est un ẓarf de lieu.

Ce qu’il faut retenir :
• Le mafʿūl fīhi est toujours manṣūb
• Deux types : ẓarf zamān (temps) et ẓarf makān (lieu)
• Exemples courants : يَوْم، لَيْلَة، صَبَاح، أَمَام، خَلْف، فَوْق، تَحْت

  • Nahw

مَفْعُولٌ لَهُ — Le complément de cause


Le mafʿūl lahu c’est le mot qui t’explique pourquoi l’action a été faite. C’est la raison, le motif.

Quand tu dis قُمْتُ إِجْلَالًا لِلْعَالِمِ (je me suis levé par respect pour le savant), « إِجْلَالًا » c’est ton mafʿūl lahu. Pourquoi tu t’es levé ? Par respect.

Il répond à la question لِمَاذَا؟ (pourquoi ?). Si tu peux remplacer le mot par « parce que… » ou « par… », c’est souvent un mafʿūl lahu.

Ce qu’il faut retenir :
• Le mafʿūl lahu est toujours manṣūb
• Il exprime la cause / la raison de l’action
• C’est un maṣdar (nom verbal) qui désigne un état intérieur (respect, peur, désir…)

  • Nahw

مَفْعُولٌ مُطْلَقٌ — Le complément absolu


Le mafʿūl muṭlaq c’est quand tu répètes la racine du verbe sous forme de nom pour renforcer le sens. C’est comme dire « j’ai frappé un vrai coup ».

Quand tu dis ضَرَبْتُهُ ضَرْبًا شَدِيدًا (je l’ai frappé d’un coup violent), « ضَرْبًا » vient du même verbe « ضَرَبَ ». C’est ça le mafʿūl muṭlaq — il confirme ou précise l’action.

Il peut aussi juste confirmer l’action sans la décrire : فَهِمْتُ فَهْمًا (j’ai compris d’une vraie compréhension).

Ce qu’il faut retenir :
• Le mafʿūl muṭlaq est toujours manṣūb
• Il vient de la même racine que le verbe
• Il sert à confirmer, préciser le type ou préciser le nombre de l’action

  • Nahw

مَفْعُولٌ مَعَهُ — Le complément d’accompagnement


Le mafʿūl maʿahu c’est le nom qui vient après وَ (et) quand ce وَ veut dire « avec » et pas « et ».

Quand tu dis مَشَيْتُ وَالنَّهْرَ (j’ai marché le long de la rivière), « النَّهْرَ » c’est le mafʿūl maʿahu. Tu n’as pas marché « et la rivière » — tu as marché avec la rivière, le long d’elle.

La clé c’est de comprendre que ce وَ n’est pas un وَ de coordination (ʿaṭf). C’est un وَ qui signifie « en compagnie de », « le long de ».

Ce qu’il faut retenir :
• Le mafʿūl maʿahu est toujours manṣūb
• Il vient après un وَ qui signifie « avec »
• Ce وَ s’appelle wāw al-maʿiyya

  • Nahw

المَقَالُ — L’essai


Le maqāl c’est l’article ou l’essai — un genre de prose moderne né avec la presse arabe. Avec l’apparition des journaux au XIXe siècle, les intellectuels arabes ont trouvé un nouveau canal pour diffuser leurs idées.

Le maqāl a joué un rôle immense dans la Nahḍa — c’est par les articles de presse que les débats sur la langue, la société, la religion et la politique se sont diffusés. مُحَمَّد عَبْدُه, قَاسِم أَمِين et طَه حُسَيْن ont utilisé le maqāl pour transformer la pensée arabe.

Ce qu’il faut retenir :
• Maqāl = article/essai, né avec la presse
• Outil principal de la Nahḍa pour diffuser les idées
• Genre qui a modernisé la prose arabe en la rendant plus directe

  • Adab

المَقَامَةُ — La séance littéraire


La maqāma c’est un genre littéraire en prose rimée (sajʿ) qui raconte les aventures d’un vagabond rusé. C’est un mélange de fiction, de virtuosité linguistique et d’humour — le but c’est d’éblouir le lecteur par la maîtrise de la langue.

Le genre a été inventé par بَدِيع الزَّمَان الهَمَذَانِي (Badīʿ al-Zamān al-Hamadhānī) au Xe siècle, puis perfectionné par الحَرِيرِي (al-Ḥarīrī) dont les 50 maqāmāt sont un sommet de la prose arabe.

La structure est toujours la même : un narrateur (rāwī) raconte comment il a rencontré le héros (un vagabond éloquent) dans une situation où celui-ci utilise son génie linguistique pour obtenir de l’argent ou se sortir d’un pétrin.

Ce qu’il faut retenir :
• Maqāma = récit en prose rimée avec un héros vagabond
• Inventée par al-Hamadhānī, perfectionnée par al-Ḥarīrī
• Genre qui célèbre la virtuosité linguistique

  • Adab

مَقِيسٌ عَلَيْهِ — Le cas de référence


Le maqīs ʿalayhi c’est le cas d’origine — celui dont la règle est déjà établie par le samāʿ — et sur lequel on se base pour construire l’analogie. C’est le modèle, la référence.

Par exemple, si on sait que زَيْدٌ est marfūʿ parce qu’il est fāʿil dans une phrase attestée (samāʿ), alors « زَيْدٌ dans cette phrase » est le maqīs ʿalayhi. Tout autre mot qui sera fāʿil sera marfūʿ par analogie avec ce cas.

Ce qu’il faut retenir :
• Maqīs ʿalayhi = le cas de référence attesté par le samāʿ
• C’est le modèle sur lequel on construit l’analogie
• Il doit être établi par le samāʿ, pas par un autre qiyās

  • Uṣūl an-naḥw

مُنَادًى — L’interpellé


Le munādā c’est la personne ou la chose qu’on appelle. C’est quand tu interpelles quelqu’un avec يَا ou une autre particule d’appel.

Quand tu dis يَا مُحَمَّدُ (ô Mohammed !), « مُحَمَّدُ » c’est le munādā. Quand tu dis يَا طَالِبَ العِلْمِ (ô étudiant en science !), « طَالِبَ » c’est aussi un munādā.

Le cas du munādā dépend de sa nature : s’il est un nom propre ou un mot isolé déterminé, il est mabnī sur la ḍamma. S’il est annexé ou ressemble à un annexé, il est manṣūb.

Ce qu’il faut retenir :
• Le munādā est soit mabnī sur la ḍamma soit manṣūb selon le cas
• Particule principale : يَا
• Autres particules d’appel : أَيَا، هَيَا، أَيْ، الهَمْزَة

  • Nahw

مَنْصُوبٌ — L’accusatif


Manṣūb ça veut dire « ouvert ». C’est quand la fin du mot porte une fatḥa (ou un tanwīn fatḥa pour l’indéterminé).

Quand tu dis قَرَأْتُ الكِتَابَ (j’ai lu le livre), « الكِتَابَ » est manṣūb — tu vois la fatḥa à la fin. C’est parce qu’il est le mafʿūl bihi (complément d’objet).

Le naṣb concerne les compléments : mafʿūl bihi, ḥāl, tamyīz, mafʿūl muṭlaq, le ism de inna, et bien d’autres.

Ce qu’il faut retenir :
• Manṣūb = fin du mot en fatḥa (ـَ)
• C’est le cas des compléments (mafʿūl bihi, ḥāl, tamyīz…)
• Marque principale : fatḥa, mais peut aussi être un alif ou un yāʾ dans certains cas

  • Nahw

مِيزَانٌ صَرْفِيٌّ — La balance morphologique


La balance morphologique c’est l’outil que les arabes ont inventé pour peser la structure d’un mot. On utilise les lettres ف ع ل comme modèle, et on fait correspondre chaque lettre de la racine à une lettre de la balance.

Par exemple, كَتَبَ se pèse sur la balance فَعَلَ — le ك correspond au ف, le ت au ع, et le ب au ل. Si on ajoute une lettre, elle apparaît aussi dans la balance : كَاتِبٌ donne فَاعِلٌ.

C’est grâce à ça qu’on peut dire que كَاتِب et عَالِم et فَاعِل sont tous sur le même schème — ils ont la même structure, même si les lettres sont différentes.

Ce qu’il faut retenir :
• On utilise les lettres ف ع ل comme modèle universel
• Les lettres ajoutées apparaissent telles quelles dans la balance
• La balance permet d’identifier le schème (wazn) de n’importe quel mot

  • Sarf

ن

نَائِبُ فَاعِلٍ — Le substitut du sujet


Le nāʾib al-fāʿil c’est le mot qui prend la place du fāʿil quand le verbe est au passif. Le vrai sujet disparaît, et c’est le complément qui prend sa place.

Compare : كَتَبَ الطَّالِبُ الدَّرْسَ (l’étudiant a écrit la leçon) → à la voix passive : كُتِبَ الدَّرْسُ (la leçon a été écrite). « الدَّرْسُ » était complément d’objet (manṣūb), mais maintenant il est devenu nāʾib al-fāʿil (marfūʿ).

On ne sait plus qui a écrit — et on n’a pas besoin de le savoir. Le nāʾib al-fāʿil prend les mêmes règles que le fāʿil.

Ce qu’il faut retenir :
• Il prend la place du fāʿil quand le verbe est au passif
• Il est toujours marfūʿ
• Le verbe passif se reconnaît par ses voyelles internes : كُتِبَ au lieu de كَتَبَ

  • Nahw

نِسْبَةٌ — Le relatif d’appartenance


La nisba c’est quand tu ajoutes يّ à la fin d’un nom pour exprimer l’appartenance. C’est le « -ien », « -ais » ou « -ique » de l’arabe.

Par exemple, مِصْرٌ (Égypte) → مِصْرِيٌّ (égyptien). عَرَبٌ (arabe) → عَرَبِيٌّ (arabe, adj.). عِلْمٌ (science) → عِلْمِيٌّ (scientifique).

Quand tu ajoutes le يّ, certaines lettres finales tombent — comme le tāʾ marbūṭa : مَكَّةمَكِّيٌّ (mecquois), pas « مَكَّتِيّ ».

Ce qu’il faut retenir :
• Nisba = ajouter يّ (yāʾ mushaddada) à la fin du mot
• Le tāʾ marbūṭa tombe avant l’ajout
• La nisba transforme un nom en adjectif d’appartenance

  • Sarf

نَعْتٌ — L’adjectif


Le naʿt c’est le mot qui décrit le mot qui le précède. C’est l’adjectif qualificatif en arabe.

Quand tu dis جَاءَ الطَّالِبُ المُجْتَهِدُ (l’étudiant assidu est venu), « المُجْتَهِدُ » c’est le naʿt de « الطَّالِبُ ». Il le décrit.

La règle d’or du naʿt c’est qu’il suit son manʿūt en tout : en genre (masculin/féminin), en nombre (singulier/pluriel), en détermination (avec ou sans أل), et en cas (marfūʿ, manṣūb, majrūr).

Ce qu’il faut retenir :
• Le naʿt suit son manʿūt en genre, nombre, détermination et cas
• C’est l’un des quatre tawābiʿ (suivants)
• Exemple : رَجُلٌ كَرِيمٌ (un homme généreux) — les deux sont indéterminés et marfūʿ

  • Nahw

النَّقَائِضُ — Les joutes poétiques


Les naqāʾiḍ c’est un genre poétique où deux poètes s’affrontent en reprenant le même mètre et la même rime. Le premier compose un poème, et le deuxième répond en retournant les arguments — même musique, message opposé.

جَرِير compose un poème pour humilier الفَرَزْدَق, et al-Farazdaq répond sur le même mètre et la même rime en retournant chaque argument. Ça pouvait durer des années.

Ces joutes ont produit certains des plus beaux vers de la langue arabe. Elles ont aussi fait avancer la critique littéraire — les gens débattaient pour savoir qui avait gagné.

Ce qu’il faut retenir :
• Naqāʾiḍ = joute poétique sur le même mètre et la même rime
• Trio célèbre : Jarīr, al-Farazdaq, al-Akhṭal
• Genre propre à l’époque omeyyade

  • Adab

النَّهْضَةُ — La renaissance arabe


La Nahḍa c’est le mouvement de renouveau culturel et intellectuel qui a traversé le monde arabe à partir du XIXe siècle. Après des siècles où la compilation avait pris le dessus sur la création, la langue arabe et sa littérature ont connu un nouvel élan.

Ce mouvement a des racines multiples. D’un côté, des dynamiques internes : des mouvements de réforme religieuse et intellectuelle existaient déjà dans le monde musulman, et des savants appelaient à un retour aux sources et à un renouvellement de la pensée. De l’autre, le contact avec l’Europe — notamment à travers les missions éducatives, l’imprimerie et les traductions — a accéléré le processus et introduit de nouvelles formes littéraires.

En littérature, la Nahḍa a vu naître de nouveaux genres : le roman, le théâtre, la presse et l’essai moderne. La poésie s’est libérée progressivement du style formel de l’époque précédente. Des figures comme رِفَاعَة الطَّهْطَاوِي (al-Ṭahṭāwī), بُطْرُس البُسْتَانِي (al-Bustānī) et أَحْمَد شَوْقِي (Aḥmad Shawqī) ont marqué cette période.

Ce qu’il faut retenir :
• Nahḍa = renouveau culturel et littéraire arabe à partir du XIXe siècle
• Un mouvement aux racines internes et externes — pas uniquement lié au contact avec l’Europe
• Naissance de nouveaux genres : roman, théâtre, presse, essai

  • Adab

ه

هَمْزَةٌ — La hamza


La hamza c’est une lettre à part entière de l’alphabet arabe — c’est un son guttural, un coup de glotte. Le problème c’est qu’elle ne s’écrit pas toujours de la même façon : parfois sur un alif, parfois sur un wāw, parfois sur un yāʾ, parfois toute seule.

C’est le chapitre le plus difficile de l’imlāʾ. Même les arabophones natifs font des erreurs avec la hamza. Mais les règles existent et sont logiques — une fois que tu les comprends, tu ne te trompes plus.

Ses différentes formes : أ، إ، ؤ، ئ، ء. Chaque position (début, milieu, fin) a ses propres règles.

Ce qu’il faut retenir :
• La hamza est une lettre, pas un signe
• Son support (كُرْسِيّ) change selon sa position et les voyelles qui l’entourent
• Elle peut être au début, au milieu ou à la fin du mot

  • Imla'

هَمْزَةُ القَطْعِ — La hamza de coupure


La hamzat al-qaṭʿ c’est la hamza qui se prononce toujours, que le mot soit en début de phrase ou au milieu. Elle ne tombe jamais — elle « coupe » toujours le son.

Quand tu dis أَكَلَ (il a mangé), le hamza au début se prononce toujours, même si tu enchaînes avec un mot avant : « ثُمَّ أَكَلَ ». Tu entends bien le coup de glotte. C’est une hamzat al-qaṭʿ.

À l’écrit, on la reconnaît parce qu’elle porte le signe ء au-dessus ou en-dessous du alif : أَ، إِ.

Ce qu’il faut retenir :
• Hamzat al-qaṭʿ = toujours prononcée, toujours écrite avec ء
• On la trouve dans : les noms (sauf quelques exceptions), les verbes au passé quadrilitère (أَفْعَلَ), les particules (إِنَّ، أَنَّ، إِلَى…)
• Avec fatḥa ou ḍamma : أَ / أُ — Avec kasra : إِ

  • Imla'

هَمْزَةُ الوَصْلِ — La hamza de liaison


La hamzat al-waṣl c’est la hamza qui se prononce au début mais disparaît quand le mot est relié à ce qui précède. Elle sert juste à faciliter le démarrage du mot — une fois que tu es lancé, elle tombe.

Par exemple, اِذْهَبْ (va !) — si tu commences par ce mot, tu prononces le hamza. Mais si tu dis ثُمَّ اذْهَبْ, le hamza disparaît : tu enchaînes directement « ثُمَّ‿ذْهَبْ ». C’est une hamzat al-waṣl.

À l’écrit, elle s’écrit comme un alif sans le signe ء : juste ا, pas أ ni إ.

Ce qu’il faut retenir :
• Hamzat al-waṣl = prononcée au début, muette en liaison
• On la trouve dans : l’article ال, les verbes à l’impératif trilitère, les formes V à X au passé et à l’impératif, et quelques noms (اِبْن، اِسْم، اِمْرَأَة…)
• À l’écrit : ا sans signe ء

  • Imla'

هَمْزَةٌ مُتَطَرِّفَةٌ — La hamza finale


La hamza mutaṭarrifa c’est la hamza qui se trouve à la fin du mot. Sa règle est plus simple que la hamza médiane : on regarde uniquement la voyelle de la lettre qui la précède.

Si avant elle il y a une kasra → elle s’écrit sur un yāʾ : شَاطِئ. Une ḍamma → sur un wāw : لُؤْلُؤ. Une fatḥa → sur un alif : قَرَأ. Un sukūn → seule sur la ligne : شَيْء.

Ce qu’il faut retenir :
• On regarde uniquement la voyelle de la lettre AVANT
• Kasra → ئ / Ḍamma → ؤ / Fatḥa → أ / Sukūn → ء
• C’est la plus simple des règles de la hamza

  • Imla'

هَمْزَةٌ مُتَوَسِّطَةٌ — La hamza médiane


La hamza mutawassiṭa c’est la hamza qui se trouve au milieu du mot. Son support (sur quoi elle s’écrit) dépend de la voyelle la plus forte entre sa propre voyelle et celle de la lettre qui la précède.

La règle d’or c’est la hiérarchie des voyelles : kasra est la plus forte (support = نَبِرَة/yāʾ : ئ), puis ḍamma (support = wāw : ؤ), puis fatḥa (support = alif : أ), puis sukūn (la plus faible).

Par exemple : سُئِلَ — la hamza a une kasra (ئِ) et la lettre avant a une ḍamma (سُ). La kasra gagne → support = nabra (ئ). Autre exemple : يَسْأَلُ — le sukūn précède et la hamza a une fatḥa → fatḥa gagne → support = alif (أ).

Ce qu’il faut retenir :
• Règle = comparer la voyelle de la hamza et celle de la lettre avant
• Hiérarchie : kasra > ḍamma > fatḥa > sukūn
• La voyelle la plus forte dicte le support : kasra → ئ, ḍamma → ؤ, fatḥa → أ

  • Imla'

و

وَتِدٌ — Le pilier


Le watid c’est une unité rythmique de trois lettres. C’est un peu plus long que le sabab — c’est le deuxième type de brique.

Il y a deux types : le watid majmūʿ (rassemblé) = deux lettres avec voyelle + une avec sukūn : عَلَى (//o). Et le watid mafrūq (séparé) = une lettre avec voyelle + une avec sukūn + une avec voyelle : لَيْسَ (/o/).

Ce qu’il faut retenir :
• Watid = unité de 3 lettres
Majmūʿ (rassemblé) : //o
Mafrūq (séparé) : /o/

  • ʿArūḍ

وَزْنٌ — Le schème


Le wazn c’est le moule dans lequel on coule la racine pour créer un mot. Chaque schème donne un type de sens particulier.

Par exemple, le schème فَاعِل donne toujours un sens d’agent (celui qui fait). Applique-le à n’importe quelle racine : ك ت بكَاتِب (écrivain), ع ل معَالِم (savant), ط ب خطَابِخ (cuisinier).

Quand tu connais les schèmes, tu peux créer et comprendre des mots que tu n’as jamais appris. C’est la vraie puissance du sarf.

Ce qu’il faut retenir :
• Le wazn c’est le moule qui donne au mot sa structure et son sens
• Chaque schème a un sens général (agent, lieu, instrument…)
• La combinaison racine + schème = le mot arabe

  • Sarf

وَصْلٌ وَفَصْلٌ — La liaison et la séparation


Le waṣl wa-l-faṣl c’est savoir quand relier deux phrases avec وَ et quand les séparer. C’est l’un des chapitres les plus subtils de la balāgha — les savants disent que c’est là que se distingue le vrai balīgh.

Parfois tu relies avec وَ parce que les deux phrases sont proches en sens : مُحَمَّدٌ كَرِيمٌ وَعَلِيٌّ شُجَاعٌ. Et parfois tu ne relies pas, parce que la deuxième phrase explique la première : لَا تَصْحَبِ الكَسُولَ. إِنَّهُ يُفْسِدُكَ (ne fréquente pas le paresseux. Il te corrompt).

Ce qu’il faut retenir :
• Waṣl = relier avec وَ quand les deux phrases sont sur le même plan
• Faṣl = ne pas relier quand la 2ème explique, confirme ou contraste la 1ère
• C’est le chapitre le plus subtil du ʿilm al-maʿānī

  • Balagha